Le groupe marocain Addoha a publié le 25 mai 2026 ses indicateurs du premier trimestre, affichant une hausse de 10 % de ses préventes en Afrique de l’Ouest, à 649 unités. Cette progression, qui s’inscrit dans un contexte de hausse des cours de l’or et d’investissements miniers accrus, interroge le lien entre rente minière, développement immobilier et souveraineté énergétique. Depuis 2024, la région voit ses infrastructures portuaires et énergétiques se densifier, comme en témoigne le port de Lomé ou le barrage de Souapiti.
Immobilier et or : le double moteur ouest-africain
Comment la manne aurifère alimente le boom immobilier d'Addoha en Afrique de l'Ouest
Chronologie d'une convergence
L'or devient une valeur refuge flottante, posant les bases des cycles haussiers futurs.
Cours historiques. Boom des recettes d'exportation au Ghana, Burkina, Mali, Côte d'Ivoire, Sénégal.
Hausse de 10 % portée par la manne minière et la demande en logements à Abidjan, Dakar, Bamako.
Pôles de la demande immobilière
Infrastructures en soutien
Depuis 2024, la région voit ses infrastructures portuaires et énergétiques se densifier. Le port de Lomé (Togo) et le barrage de Souapiti (Guinée) illustrent cette dynamique qui renforce l'attractivité immobilière des capitales ouest-africaines.
Cascade des effets
Recettes d'exportation records pour les pays producteurs
Salaires des mineurs et taxes locales stimulent les classes moyennes
Besoins en logements dans les capitales économiques
649 unités vendues au T1 2026, CA sécurisé de 3,8 Mds de dirhams
Le groupe immobilier marocain Addoha a dévoilé le 25 mai 2026 des indicateurs en hausse pour le premier trimestre. En Afrique de l’Ouest, les préventes atteignent 649 unités, contre 590 un an plus tôt, soit une progression de 10 %. Le chiffre d’affaires sécurisé pour la région s’élève à 3,8 milliards de dirhams, soit près d’un tiers du total du groupe. Cette dynamique s’explique en partie par la montée en puissance des revenus miniers, notamment ceux de l’or, qui dopent le pouvoir d’achat des classes moyennes et les besoins en logements dans les capitales économiques comme Abidjan, Dakar ou Bamako.
Le boom de l’or, moteur caché de l’immobilier Depuis 2024, le cours de l’or évolue à des niveaux historiquement élevés, dépassant régulièrement les 2 200 dollars l’once. Les pays ouest-africains producteurs – Ghana, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Sénégal – enregistrent des recettes d’exportation records. Cette manne stimule l’économie locale, via les salaires des mineurs, les taxes et les investissements des sociétés minières dans des infrastructures connexes. Addoha, présent dans la région depuis une décennie, capitalise sur cette demande nouvelle, notamment dans les villes secondaires où les projets aurifères créent des pôles d’emploi.
Parallèlement, les besoins énergétiques du secteur minier pèsent sur les réseaux électriques nationaux. Le Togo, par exemple, continue de recourir aux centrales thermiques malgré une accélération des énergies renouvelables, comme le rapporte Togo First en mai 2026. En Guinée, le barrage de Souapiti, lancé en 2024, intègre un programme de formation d’ingénieurs visant à assurer une maintenance locale, réduisant la dépendance technique extérieure. Ces efforts témoignent d’une volonté de souveraineté énergétique, condition sine qua non pour pérenniser l’exploitation minière et l’essor immobilier qui en découle.
Un modèle de croissance sous tension Si l’immobilier profite de l’or, il en subit aussi les fragilités. La volatilité du cours du métal jaune peut freiner les investissements miniers, et donc la demande de logements. De plus, l’endettement net d’Addoha atteint 4,6 milliards de dirhams, soit un ratio d’endettement élevé pour un promoteur. La Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), qui finance de nombreux projets régionaux depuis 1973, joue un rôle clé dans le financement des infrastructures, mais l’immobilier privé reste largement dépendant des banques commerciales et des flux de capitaux étrangers.
Le port de Lomé, hub logistique ayant traité 30,6 millions de tonnes en 2024, illustre les progrès en matière de connectivité régionale. Ces infrastructures réduisent les coûts d’importation des matériaux de construction, mais aussi d’exportation de l’or. L’intégration économique, portée par la CEDEAO et son « Pacte d’avenir » en six piliers, pourrait faciliter les échanges, mais les disparités réglementaires et fiscales demeurent un frein pour les investisseurs immobiliers comme Addoha.
L’essor d’Addoha en Afrique de l’Ouest reflète une tendance plus large : la transformation de la rente minière en actifs tangibles, via l’immobilier et les infrastructures. Cette dynamique pose la question de la soutenabilité d’un modèle qui lie étroitement logement, énergie et ressources extractives. Alors que la région explore de nouvelles voies de financement et de coopération, l’équation entre exploitation minière, développement urbain et souveraineté énergétique reste au cœur des enjeux de la prochaine décennie.