L’indice de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) vient d’enchaîner une troisième hausse successive, signe d’un regain de confiance des investisseurs dans la zone UEMOA. Mais ce mouvement intervient dans un contexte de tensions monétaires qui s’exacerbent en Afrique centrale, où la perspective d’une dévaluation du franc CFA refait surface. Loin d’être uniforme, la politique monétaire de la zone franc révèle des dynamiques divergentes entre les deux unions, que la récente baisse de 25 points de base du taux directeur de la BCEAO en mars 2026 ne suffit pas à harmoniser.
UEMOA vs CEMAC : le franc CFA à deux vitesses
La BCEAO baisse son taux, la BRVM monte. Mais en Afrique centrale, le spectre d’une dévaluation du CFA refait surface. Deux unions, deux trajectoires.
Taux directeur principal
La baisse vise à relancer le crédit sans déstabiliser le franc CFA. Perçue comme un signal de stabilité, elle a déclenché une 3ᵉ hausse consécutive de la BRVM.
Réserves de change adéquates, banque centrale proactive, monnaie arrimée à l’euro.
Note Bloomberg (9 mai 2026) : le spectre d’une dévaluation du CFA refait surface.
📅 Chronologie : le franc CFA sous tension
BCEAO baisse son taux directeur de 25 pb à 3% → la BRVM enchaîne 3 hausses.
Note Bloomberg : l’économiste (nom non cité) ravive le débat sur une dévaluation du CFA en zone CEMAC.
Dernière dévaluation du franc CFA (−50%) : traumatisme monétaire encore dans les mémoires.
🌡️ Niveau de tension monétaire – CEMAC
Le risque de dévaluation est jugé élevé par les analystes, contrastant avec la stabilité relative de l’UEMOA.
🔑 3 points à retenir
3 hausses consécutives après la baisse du taux BCEAO. Signal de stabilité monétaire.
Débat sur une dévaluation du CFA relancé par une note Bloomberg (9 mai 2026).
Politique monétaire divergente : UEMOA proactive vs CEMAC en tension. Aucune harmonisation en vue.
La BRVM, baromètre de la confiance dans la politique monétaire ouest-africaine
La troisième hausse consécutive de la BRVM traduit un repositionnement stratégique des investisseurs. Depuis l’annonce, le 11 mars 2026, de la baisse de 25 points de base du principal taux directeur de la BCEAO, ramené à 3 %, le marché actions régional semble retrouver des couleurs. Cette décision, présentée comme un geste pour relancer le crédit sans déstabiliser le franc CFA, a été perçue comme un signal de stabilité et de soutien à l’économie. Les flux acheteurs observés ces dernières séances confirment que l’UEMOA bénéficie d’une prime de confiance – une monnaie arrimée à l’euro, des réserves de change jugées adéquates et une banque centrale proactive.
Le spectre de la dévaluation en CEMAC ravive les inquiétudes
À l’opposé, l’Afrique centrale voit ressurgir le débat le plus sensible de l’histoire monétaire du continent. Dans une note publiée le 9 mai 2026 et relayée par Bloomberg, l’économiste en chef de Citigroup pour l’Afrique, David Cowan, estime que la CEMAC devrait envisager une dévaluation de sa monnaie pour restaurer les équilibres macroéconomiques. Les réserves de change de la banque centrale régionale auraient chuté de 12,5 % en 2025, tandis que la croissance régionale stagne à 2,8 % en moyenne sur cinq ans, contre 4,2 % pour l’Afrique subsaharienne. La question n’est plus théorique, écrit-il. Une telle perspective, si elle devait se concrétiser, serait la première depuis la dévaluation de 1994 et bouleverserait les équilibres commerciaux et financiers de la sous-région.
La Guinée et la bauxite : un autre front pour la stabilité macroéconomique
Pendant ce temps, en Guinée, l’accord amiable conclu entre l’État et Guinea Alumina Corporation (GAC) illustre un autre type de pression sur les économies de la zone. En reprenant le contrôle d’un permis minier sous la forme d’une nouvelle entité, Nimba Mining Company, Conakry cherche à accroître ses revenus issus de la bauxite, ressource clé dans la transition énergétique. Cette logique de souveraineté minière, si elle est menée avec prudence, peut renforcer les recettes publiques et améliorer les indicateurs budgétaires. Mais elle comporte aussi des risques pour la prévisibilité des investissements et, in fine, pour la balance des paiements – un élément crucial dans l’évaluation de la soutenabilité du régime de change.
Une divergence qui interroge l’avenir de la zone franc
Les trajectoires des deux unions monétaires africaines s’éloignent. L’UEMOA, grâce à une gestion macroéconomique plus rigoureuse et à une diversification économique relative, semble mieux armée pour absorber les chocs extérieurs. La BCEAO, avec sa baisse de taux et ses initiatives sur les crypto-actifs (comme la conférence de Dakar du 8 mai), s’efforce de moderniser son dispositif sans remettre en cause l’ancrage à l’euro. En CEMAC, la dépendance aux hydrocarbures, l’endettement et l’érosion des réserves pèsent lourd. Les appels à une dévaluation, même s’ils sont encore contestés, traduisent une impatience croissante face à la lenteur des réformes structurelles.
Le franc CFA, un régime à géométrie variable
Ces différences rappellent que le franc CFA n’est pas un bloc monolithique. Si la parité fixe avec l’euro reste le ciment des deux zones, les conditions de sa soutenabilité diffèrent. La BRVM, en hausse, capitalise sur la crédibilité acquise par la BCEAO. Mais la contagion des débats centrafricains pourrait, à terme, ébranler cette confiance si les marchés venaient à douter de la capacité des autorités ouest-africaines à maintenir le cap. La réunion du bureau de l’Association des banques centrales africaines, tenue au siège de la BCEAO le 8 mai, montre que les gouverneurs sont conscients de ces fragilités et cherchent à coordonner leurs positions.
Les trois hausses de la BRVM ne doivent pas faire illusion : elles reflètent un contexte régional contrasté où la confiance en UEMOA coexiste avec des tensions latentes en CEMAC et des aspirations souverainistes sur les ressources minières. La question centrale qui traverse toute la zone franc reste celle de la capacité des banques centrales à concilier stabilité monétaire, compétitivité et transformation structurelle. La réponse, si elle existe, ne pourra être que politique – et c’est sans doute là que se jouera l’avenir du franc CFA.