Les banques centrales des deux zones franc CFA ont annoncé le 6 mai 2026 un renforcement de leur coopération dans les domaines du numérique et des systèmes de paiement. Cette initiative, si elle se concrétise, pourrait harmoniser les infrastructures financières de l'UEMOA et de la CEMAC, avec des implications majeures pour la transmission de la politique monétaire et la stabilité du franc CFA. Elle s'inscrit dans un contexte de digitalisation accélérée des économies africaines et de concurrence des monnaies numériques étrangères.

L'annonce conjointe de la BCEAO et de la BEAC marque une étape inédite dans l'histoire du franc CFA. Jusqu'ici, les deux unions monétaires, bien que liées par une parité fixe avec l'euro, fonctionnaient en silos, chacune développant ses propres systèmes de paiement et de monnaie numérique. La déclaration commune suggère une volonté de mutualiser les efforts, notamment autour des projets de monnaie numérique de banque centrale (MNBC), afin d'éviter une fragmentation des marchés financiers régionaux.

Pour l'UEMOA, cette coopération pourrait accélérer l'adoption d'une monnaie numérique commune, un chantier que la BCEAO mène depuis plusieurs années. Mais au-delà de l'aspect technique, c'est la question de la souveraineté monétaire qui est posée. En harmonisant les infrastructures, les deux zones renforcent leur poids face aux grands systèmes internationaux (Swift, Visa, Mastercard) et réduisent leur dépendance vis-à-vis de la France, garante historique du franc CFA.

Sur le plan de la politique monétaire, une interopérabilité accrue des systèmes de paiement pourrait améliorer la transmission des décisions de taux d'intérêt. Dans l'UEMOA, le taux directeur agit encore imparfaitement sur le coût du crédit en raison de la fragmentation du système bancaire. Une plateforme numérique commune faciliterait la circulation de la liquidité entre banques et entre pays, renforçant l'efficacité des canaux de transmission. Cela pourrait à terme permettre à la BCEAO de mieux contrôler l'inflation et de soutenir l'investissement.

Cependant, cette convergence numérique comporte des risques. L'hétérogénéité des niveaux de développement financier entre les huit pays de l'UEMOA et les six de la CEMAC pourrait créer des asymétries. Les pays les moins avancés technologiquement risquent d'être marginalisés, tandis que les systèmes de paiement centralisés pourraient devenir une cible pour les cyberattaques. Par ailleurs, l'harmonisation des règles de « know your customer » (KYC) et de lutte contre le blanchiment exigera des réformes législatives complexes.

Enfin, cette annonce intervient dans un contexte où le franc CFA est régulièrement critiqué pour son ancrage à l'euro, perçu comme une entrave à la souveraineté monétaire. En développant des infrastructures numériques communes, BCEAO et BEAC pourraient à long terme poser les jalons d'une monnaie unique numérique africaine, comme le prévoit la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Mais cette perspective reste lointaine et dépendra de la volonté politique des États membres.

Le renforcement de la coopération BCEAO-BEAC sur le digital et les paiements ouvre une nouvelle phase dans l'histoire du franc CFA, où la technologie devient un vecteur d'intégration monétaire. Reste à savoir si cette dynamique parviendra à surmonter les disparités structurelles entre les deux zones et à répondre aux aspirations de souveraineté économique des pays membres. L'issue de ce chantier pourrait bien redéfinir le rôle des banques centrales africaines dans l'architecture financière mondiale.