Le 31 mai 2026, le Togo levait 27,5 milliards de FCFA sur le marché régional de l’UMOA-Titres, confirmant l’appétit des investisseurs pour les obligations souveraines ouest-africaines. Pourtant, derrière ces succès de collecte, une autre réalité financière émerge : l’accumulation d’engagements hors bilan, notamment via les partenariats public-privé (PPP), qui pèsent sur la stabilité monétaire de l’UEMOA. L’étude stratégique commandée par le CARPA camerounais, bien que centrée sur l’Afrique centrale, illustre un phénomène qui gagne l’ensemble de la zone franc et interroge la soutenabilité de la dette souveraine.
Succès obligataire,
dette cachée : le paradoxe des PPP
Le Togo lève 27,5 milliards FCFA sur le marché régional. Mais derrière ces succès, les engagements hors bilan des PPP s’accumulent et interrogent la soutenabilité de la dette en zone UEMOA.
Obligations régionales UMOA-Titres, sursouscrites, taux bas
Part des PPP dans les nouveaux engagements hors bilan — zone UEMOA (estimation 2026)
- ✓ Taux bas, maturité courte
- ✓ Sursouscription fréquente
- ✓ Liquidité rapide pour les Trésors
- ✗ Engagements hors bilan
- ✗ Risque de soutenabilité
- ✗ Poids sur la stabilité monétaire
L’effet cumulé des PPP
Selon le FMI
Les PPP non comptabilisés peuvent gonfler la dette réelle et fragiliser la stabilité monétaire de l’UEMOA.
Depuis plusieurs années, les États de l’UEMOA multiplient les émissions d’obligations sur le marché régional de l’UMOA-Titres. Le Togo en est un exemple récent avec une levée de 27,5 milliards de FCFA fin mai 2026. Ces opérations, souvent sursouscrites, offrent aux Trésors nationaux une alternative aux euro-obligations, avec des taux d’intérêt plus bas et une maturité adaptée aux besoins de liquidité à court terme. Mais cette apparente facilité de financement cache une fragilité structurelle : la croissance des engagements hors bilan, en particulier ceux issus des partenariats public-privé.
La montée des passifs conditionnels
L’étude stratégique attribuée par le CARPA camerounais au cabinet Polygone SARL, pour 39,35 millions de FCFA, vise à cartographier les financeurs potentiels des PPP inscrits au programme d’infrastructures du pays. Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), l’enveloppe cumulée des projets atteint 4 895,1 milliards de FCFA, soit 14,1 % du PIB camerounais. La CAA précise qu’il s’agit de montants d’investissement, non de décaissements immédiats pour l’État. L’exposition réelle du Trésor dépendra des clauses contractuelles : loyers publics, garanties de revenus, indemnités de résiliation, etc. Autant de mécanismes qui, activés, ramènent au budget une partie du risque théoriquement transféré au partenaire privé.
Cette situation n’est pas propre au Cameroun. En Afrique de l’Ouest, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont recours aux PPP pour leurs grands projets routiers, portuaires ou énergétiques. Or, ces engagements conditionnels ne sont pas toujours bien mesurés ni comptabilisés dans les ratios de dette publique. Ils peuvent se matérialiser lors d’un choc économique, d’une baisse de fréquentation ou d’une renégociation de contrat, transformant alors une charge différée en obligation budgétaire immédiate.
Les implications pour la politique monétaire de l’UEMOA
Le franc CFA, arrimé à l’euro, impose une discipline budgétaire stricte aux États membres. Les critères de convergence de l’UEMOA fixent un déficit budgétaire inférieur à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 70 %. Les passifs conditionnels des PPP, s’ils ne sont pas correctement anticiés, peuvent creuser les déficits ex post, obligeant les gouvernements à émettre davantage d’obligations sur le marché régional. Cela pourrait, à terme, saturer la demande et faire monter les taux d’intérêt, alourdissant le coût de la dette pour l’ensemble de la zone.
Par ailleurs, la BCEAO, garante de la stabilité monétaire, surveille de près l’évolution de la masse monétaire et des réserves de change. Une hausse des émissions obligataires, si elle n’est pas compensée par une augmentation de la production ou des exportations, peut stimuler l’inflation et affaiblir la parité du franc CFA. Les PPP hors bilan constituent une variable d’ajustement qui échappe partiellement à ce contrôle, rendant plus opaque la soutenabilité réelle des finances publiques.
Vers une harmonisation nécessaire
La transparence devient un enjeu majeur pour les investisseurs obligataires régionaux. Jusqu’à présent, les notations des États de l’UEMOA – souvent dans la catégorie spéculative – ne tiennent pas toujours compte des engagements conditionnels. Or, l’expérience d’autres régions (notamment en Afrique australe) montre que les PPP peuvent générer des chocs budgétaires imprévus. La CAA camerounaise elle-même reconnaît que son estimation de 4 895 milliards de FCFA n’intègre pas les projets transfrontaliers comme la liaison ferroviaire Cameroun-Congo, dont l’enveloppe de 5 400 milliards de FCFA ne saurait être imputée au seul Trésor camerounais.
En UEMOA, la Commission et la BCEAO pourraient être amenées à harmoniser les règles de comptabilisation des PPP dans les critères de convergence. Une initiative allant dans ce sens renforcerait la crédibilité des émissions d’UMOA-Titres et rassurerait les investisseurs sur la qualité de la signature souveraine régionale.
Les obligations souveraines de l’UEMOA séduisent par leur rendement et leur liquidité croissante, mais la véritable soutenabilité de la dette passe par une évaluation rigoureuse des risques hors bilan. À l’heure où les marchés financiers mondiaux scrutent de près les vulnérabilités des économies émergentes, la capacité des États ouest-africains à internaliser les passifs des PPP conditionnera leur accès futur au financement obligataire, tant régional qu’international. Une réforme du cadre de transparence pourrait devenir un chantier prioritaire pour maintenir la confiance et la stabilité monétaire de l’Union.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI)