Financé par la Banque mondiale, le Projet d'investissement et de résilience des zones côtières en Afrique de l'Ouest (WACA ResIP) affiche au Togo un taux d'exécution physique de 51 % et financier de 43 %, selon la dernière évaluation du comité de pilotage. Alors que les côtes ouest-africaines subissent une érosion accélérée, ce bilan intermédiaire interroge la capacité des États à absorber les financements climatiques et à coordonner des actions transfrontalières, dans un contexte de tensions sécuritaires et de fragilités macroéconomiques dans la région.

Infographie — Politique monétaire

Le contraste est saisissant entre les résultats visibles sur le littoral togolais et la lenteur des décaissements. D'un côté, 22 épis achevés avec rechargement des casiers, le comblement des bras morts lagunaires terminé, et 10 hectares de cocotiers reboisés. De l'autre, un taux d'exécution financière qui plafonne à 43 %, signe que les procédures administratives et les capacités de maîtrise d'ouvrage peinent à suivre le rythme des travaux. Ce décalage n'est pas propre au Togo : il reflète un défi structurel commun aux pays de l'UEMOA dans la mise en œuvre des grands projets d'infrastructure financés par les bailleurs multilatéraux.

Un test pour la coordination régionale

Le projet WACA ne concerne pas que le Togo. Il s'inscrit dans une initiative régionale couvrant plusieurs pays côtiers d'Afrique de l'Ouest, visant à lutter contre l'érosion et les inondations, mais aussi à valoriser économiquement les zones protégées. Au Togo, les unités de transformation des produits agricoles de la région Maritime entrent dans leur phase finale, avec les derniers équipements à acquérir avant leur mise en service. Ce volet économique est crucial : il conditionne l'adhésion des populations et la durabilité des investissements.

Les objectifs affichés sont ambitieux : au-delà de la protection côtière, le projet inclut la lutte contre les inondations dans les préfectures de Vo et des Lacs 1, ainsi que le renforcement des capacités des communes Golfe 1, 2, 4 et 6. Cette pluralité d'objectifs exige une coordination interinstitutionnelle solide, que le comité de pilotage tente d'assurer en annonçant une accélération des grands chantiers à partir de 2027. Le pari est que les leçons tirées de la première phase permettront de fluidifier les procédures.

Des financements climatiques sous tension

L'évolution du projet s'inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par une pression accrue sur les finances publiques. Comme le rappellent les récents accords du FMI avec le Burkina Faso (81 millions de dollars en mai 2026) et le Togo (achèvement des troisièmes et quatrièmes revues), les marges de manœuvre budgétaires des États sont limitées. Dans ce contexte, les financements climatiques de la Banque mondiale constituent une ressource précieuse, mais leur absorption effective reste un défi.

Le taux de décaissement de 43 % interroge sur la capacité des administrations à monter et exécuter des projets complexes. Cela renvoie à des problématiques de gouvernance, de ressources humaines et de circuits de validation, que plusieurs rapports de la Banque mondiale ont déjà soulignées pour l'Afrique de l'Ouest. La question n'est donc pas seulement celle du volume des financements, mais celle de l'efficacité de leur utilisation.

Perspectives et interrogations

Le comité de pilotage promet une accélération dès 2027 pour boucler les objectifs. Reste à savoir si les leçons de la première phase permettront de réduire l'écart entre exécution physique et financière. L'enjeu dépasse le seul Togo : il s'agit de démontrer que les mécanismes régionaux de résilience climatique peuvent fonctionner, malgré les fragilités sécuritaires et économiques qui secouent la bande sahélienne. Le Forum International de la Presse Économique de l'Afrique de l'Ouest, tenu à Dakar en mai 2026, a justement mis l'accent sur la nécessité d'une meilleure coordination pour attirer et gérer les financements climatiques.

Ce projet WACA est donc un test grandeur nature. Sa réussite ou son échec aura des répercussions au-delà des côtes togolaises, influençant la confiance des bailleurs et la capacité des États ouest-africains à construire une résilience collective.

Alors que l'érosion côtière s'accélère sous l'effet du changement climatique, le projet WACA ResIP au Togo offre une illustration concrète des défis de mise en œuvre des financements climatiques en Afrique de l'Ouest. L'issue de ce chantier dira si la région peut transformer l'afflux de promesses en protections durables pour ses littoraux et ses populations.