Le Cameroun a mobilisé 800,7 milliards FCFA sur le marché intérieur entre janvier et juin 2026, selon la Caisse autonome d’amortissement. Parallèlement, le gouvernement prépare un prêt ESG de 690 millions de dollars. Cette double stratégie contraste avec les remboursements anticipés d’eurobonds opérés par la Côte d’Ivoire et le Sénégal ces derniers mois, illustrant une fragmentation des approches de financement souverain dans la zone franc.

Infographie — Obligations souveraines

Une mobilisation record sur le marché domestique

Les Bons du Trésor assimilables (BTA) à 26 semaines ont constitué le principal instrument de financement de l’État camerounais au premier semestre 2026, représentant 433,8 milliards FCFA sur un total de 800,7 milliards FCFA levés en interne. Les Obligations du Trésor assimilables (OTA) n’ont apporté que 221,6 milliards FCFA, tandis que les concours directs des banques ont atteint 69,3 milliards FCFA. Ce recours massif aux titres de court terme expose le pays à des risques de refinancement fréquents, mais permet de contourner les incertitudes des marchés internationaux.

Un virage vers la finance durable

Alors que Yaoundé avait déjà mobilisé 474 milliards FCFA via un placement privé international début 2026, la nouvelle opération ESG de 690 millions de dollars – soit près de 400 milliards FCFA – marque une inflexion. Le gouvernement vise ainsi un total de près de 874 milliards FCFA d’emprunts extérieurs sur l’année, se rapprochant de l’objectif de 1 000 milliards FCFA fixé par la loi de finances. Aucune précision n’a encore été donnée sur le taux ou la maturité de ce prêt, mais ce signal adressé aux investisseurs verts répond à une demande croissante de critères extra-financiers.

Un contraste avec les stratégies ouest-africaines

Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont opté pour des remboursements anticipés de leurs eurobonds. Abidjan a soldé une partie de son Eurobond 2032, tandis que Dakar a payé par anticipation les échéances 2031 et 2037, quelques jours avant l’arrivée d’une mission du FMI. Ces gestes visent à restaurer la confiance des marchés après les turbulences de 2025, quand les taux souverains de la région avaient grimpé. Le Cameroun, qui n’a pas émis d’eurobond depuis 2015, évite le marché obligataire international jugé trop coûteux, mais doit composer avec des financements domestiques limités.

Le contexte régional : eurobonds sous tension et FMI en embuscade

La zone franc ouest-africaine reste marquée par des spreads élevés sur les eurobonds. Le Ghana, toujours sous programme FMI, et le Nigeria, confronté à une inflation persistante, pèsent sur la perception de risque de la sous-région. Dans ce climat, le recours au marché intérieur apparaît comme un refuge, mais il n’est pas illimité : la capacité d’absorption des banques camerounaises reste contrainte par les besoins de financement de l’État, qui atteignent 3 104,2 milliards FCFA en 2026.

Une divergence des trajectoires de financement souverain

Les sources de juin 2026 montraient déjà que le Sénégal cherchait à rassurer le FMI par des remboursements anticipés. Aujourd’hui, le Cameroun esquisse une autre voie : celle d’une diversification vers des instruments durables, sans passer par les eurobonds classiques. Ce choix reflète à la fois une contrainte (l’accès restreint aux marchés obligataires internationaux) et une opportunité (la demande accrue d’ESG). Reste à savoir si ce pari permettra au pays de boucler son budget sans recourir à un programme FMI, hypothèse que les autorités excluent officiellement.

La stratégie camerounaise illustre une fragmentation croissante des modes de financement souverain en Afrique francophone. Entre remboursements anticipés, financements verts et appui des banques locales, chaque État cherche une voie adaptée à sa situation budgétaire et à sa perception des risques. Cette diversité pourrait toutefois masquer une fragilité commune : la dépendance à des sources de financement coûteuses ou volatiles dans un contexte macroéconomique mondial incertain.