La mise en service d'une centrale solaire de 5,4 MW sur la mine d'or Eureka au Zimbabwe, l'accréditation de la Caisse autonome d'amortissement (CAA) camerounaise auprès du Green Climate Fund (GCF) et l'électrification 24h/24 de la ville de Lola en Guinée par Électricité de Guinée (EDG) illustrent, en ce mois de juillet 2026, trois tendances lourdes de la transition énergétique africaine : le recours des mines à l'autoproduction solaire, la quête de financements climat par les institutions de dette souveraine et l'investissement public dans les réseaux ruraux. Pour la BCEAO, garante de la stabilité monétaire et financière dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), ces mouvements posent des questions inédites – de l'impact sur la balance des paiements à la santé des banques exposées aux mines et aux utilities.

Infographie — BCEAO

Une demande croissante d'énergie dans les mines ouest-africaines

La centrale solaire de la mine Eureka, propriété du groupe zimbabwéen Padenga Holdings, n'est pas un cas isolé. Dans toute l'Afrique, les exploitations aurifères – notamment au Mali, au Burkina Faso et au Ghana – font face à des coupures récurrentes du réseau public et à une hausse des coûts du gazole. La décision d'investir 15 millions USD dans une centrale photovoltaïque de 16,2 MW, après une panne de 21 jours en 2023, montre que l'enjeu est autant économique (sécuriser la production) que stratégique (réduire l'empreinte carbone). En Afrique de l'Ouest, où le sous-sol regorge d'or, le solaire minier pourrait devenir un marché porteur, à condition que le financement soit disponible.

Le précédent camerounais : un modèle pour les institutions de dette ouest-africaines ?

L'initiative de la CAA camerounaise, qui cherche à devenir « l'entité nationale habilitée à mobiliser et gérer les ressources du GCF », offre une piste intéressante pour les caisses de dette de la zone UEMOA. En mai 2026, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et la Compagnie commune de réassurance des États membres de la CIMA (CICA-RE) annonçaient un partenariat pour structurer des garanties et couvertures de risques, afin de rendre bancables les grands projets d'infrastructure et d'énergie. Cette convergence suggère que les acteurs régionaux prennent conscience de la nécessité d'instruments financiers innovants pour attirer les fonds climat – un chantier où la BCEAO, en tant que régulateur bancaire, pourrait jouer un rôle d'incitation.

L'électrification rurale : un enjeu de stabilité macroéconomique

Le passage de Lola, en Guinée, de six heures à vingt-quatre heures d'électricité par jour grâce à l'investissement d'EDG est emblématique des défis de l'électrification en Afrique de l'Ouest. Au-delà du bénéfice social, une alimentation fiable réduit les coûts pour les PME, améliore la productivité et, in fine, renforce la base fiscale. Pour la BCEAO, la santé financière des compagnies nationales d'électricité – souvent lourdement endettées – est un facteur de risque systémique. Le déploiement accéléré des compteurs à prépaiement, annoncé par le ministre guinéen de l'Énergie, va dans le sens de l'assainissement des recettes, une condition nécessaire à la soutenabilité des investissements.

Quelles implications pour la politique monétaire régionale ?

Les trois dynamiques – solaire minier, accès aux fonds verts, électrification rurale – ont des retombées macroéconomiques. D'une part, l'importation de panneaux photovoltaïques pèse sur la balance commerciale ; d'autre part, la réduction des achats de gazole améliore le solde courant à moyen terme. Surtout, ces projets exigent des financements longs en devises, ce qui accroît la vulnérabilité au risque de change et au refinancement. La BCEAO, qui pilote la politique monétaire et supervise les banques, devra intégrer ces transformations dans ses cadres d'analyse : le coût du crédit, la gestion des réserves de change et les normes prudentielles pourraient évoluer pour accompagner la transition énergétique sans compromettre la stabilité.

L'Afrique de l'Ouest n'est plus à la phase des discours sur la transition énergétique : des acteurs concrets – mines, utilities, caisses de dette – amorcent des projets qui redéfinissent les besoins de financement et les risques macroéconomiques. Pour la BCEAO, l'enjeu est de concilier son mandat de stabilité avec l'impératif de financer une infrastructure énergétique plus résiliente. La réponse pourrait passer par des instruments ad hoc, comme des lignes de refinancement vertes ou des exigences de reporting sur les risques climatiques, à condition que les États membres harmonisent leurs stratégies énergétiques.