Le 18 juin 2026, le Niger a notifié son retrait de la Cour pénale internationale, suivi par le Mali et le Burkina Faso six jours plus tard. Officiellement motivé par le rejet d’une justice « instrumentalisée », cet acte s’inscrit dans une dynamique plus vaste de souveraineté qui interroge l’avenir des engagements régionaux, notamment monétaires. Alors que l’inflation atteint 15,7 % en Afrique de l’Ouest et que les notations des trois pays restent sous pression, ce nouveau signal politique pourrait accélérer les discussions autour d’une monnaie commune au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

Une rupture politique assumée

Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Burkina Faso, Mali et Niger – ont officiellement déposé leurs demandes de retrait de la Cour pénale internationale, le Niger le 18 juin 2026, suivi six jours plus tard par les deux autres. Dans leurs notifications adressées au secrétaire général de l’ONU, ils dénoncent une Cour « sélective et politisée », instrument de « répression néocoloniale ». Cette décision, annoncée collectivement dès septembre 2025, prolonge une série de ruptures : sortie de la CEDEAO, expulsion des troupes françaises, rapprochement avec la Russie, la Turquie et l’Iran. Elle s’inscrit dans une stratégie de souveraineté affirmée, où le rejet des institutions multilatérales perçues comme occidentales devient un marqueur politique fort.

Des implications monétaires en filigrane

Si le retrait de la CPI est avant tout un acte juridique et diplomatique, il intervient dans un contexte où la question monétaire est centrale. Les régimes militaires sahéliens considèrent la souveraineté judiciaire et la souveraineté monétaire comme les deux faces d’un même combat. Depuis 2023, l’AES planche sur la création d’une banque centrale et d’une monnaie commune, en rupture avec le franc CFA et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le départ de la CPI légitime cette remise en cause frontale du système de change fixe avec la France, perçu comme un vestige colonial. Par ailleurs, l’inflation régionale à 15,7 % et les difficultés de coordination au sein de l’UEMOA renforcent l’attrait d’une autonomie monétaire, même si les obstacles techniques et politiques restent considérables.

Un risque financier qui s’aggrave

Pour les analystes, chaque rupture institutionnelle accroît la prime de risque attachée aux signatures souveraines des pays de l’AES. Le retrait de la CPI complique l’accès aux marchés financiers et renchérit le coût de la dette. Les trois États sont déjà mal notés (inférieur à B-), et les spreads sur leurs rares euro-obligations dépassent les 1 000 points de base. Le geste pourrait dissuader les investisseurs institutionnels soumis à des mandats ESG, qui intègrent souvent le respect du droit international. En mai 2026, le Nigeria a vu sa note relevée à B par S&P, creusant l’écart avec ses voisins sahéliens. Mais l’impact ne se limite pas à ces trois pays : il pèse sur la crédibilité de l’ensemble de la zone franc, déjà fragilisée par les tensions internes à l’UEMOA. Le signal politique envoyé par l’AES interroge la solidité des engagements régionaux et la capacité de la zone à maintenir sa cohésion face à des choix souverains de plus en plus radicaux.

Alors que les trois pays de l’AES poursuivent leur émancipation institutionnelle, la question monétaire reste l’ultime frontière. Le retrait de la CPI, en accélérant la perception d’un risque souverain accru, pourrait paradoxalement renforcer la détermination des capitales sahéliennes à créer leur propre monnaie. Mais cette voie étroite pose une question ouverte : dans quelle mesure une rupture monétaire est-elle viable sans une base économique solide et des partenaires financiers alternatifs crédibles ?