Le 30 juin 2026, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale. Cette décision s’inscrit dans une série de désengagements vis-à-vis d’organisations occidentales, après la CEDEAO et l’OIF. Au-delà de la portée politique, ce retrait interroge sur la crédibilité des institutions régionales et la perception du risque dans une zone monétaire déjà fragilisée par des tensions géopolitiques. Quelles répercussions pour le franc CFA et les marchés financiers régionaux ?

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

Un processus de distanciation accéléré

L’annonce du retrait de la Cour pénale internationale (CPI) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, effective depuis le 30 juin 2026, n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie de redéfinition des alliances déjà engagée avec le départ de la CEDEAO en janvier 2025 et de l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025. Les dirigeants de l’AES justifient ces ruptures par un rejet de ce qu’ils qualifient d’instruments néocoloniaux, visant particulièrement la France et les puissances occidentales. Toutefois, cette dynamique ne traduit pas un isolement total : les trois États restent membres d’organisations africaines comme la CEN-SAD et la ZLECAf.

Ce mouvement de distanciation intervient dans un contexte où l’AES affirme une souveraineté retrouvée, notamment sur les plans sécuritaire et diplomatique. Sur le plan économique, les trois pays demeurent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), partageant le franc CFA. Pourtant, les signaux envoyés par ces retraits successifs pourraient affecter la perception des investisseurs et des partenaires financiers internationaux, en particulier ceux liés aux institutions de Bretton Woods.

Impacts monétaires et financiers en zone UEMOA

La stabilité du franc CFA repose historiquement sur deux piliers : la garantie de convertibilité apportée par le Trésor français et la discipline budgétaire imposée par les critères de convergence de l’UEMOA. Or, le retrait de la CPI, bien que non directement monétaire, s’ajoute à une série de décisions unilatérales qui érodent la confiance dans le respect des engagements internationaux. Les investisseurs obligataires, notamment les détenteurs d’euro-obligations émises par ces pays, pourraient exiger des primes de risque plus élevées, pesant sur les taux d’intérêt souverains.

Par ailleurs, l’éventualité d’une monnaie commune de l’AES, évoquée à plusieurs reprises par les dirigeants sahéliens, prend une nouvelle dimension. Si le projet se concrétise, il pourrait fragiliser l’intégration monétaire régionale en créant une zone de non-usage du franc CFA au sein même de l’UEMOA. La BCEAO, banque centrale commune, se trouverait alors confrontée à une perte de souveraineté monétaire sur une partie de son territoire, forçant une révision de sa politique de taux directeurs et de gestion des réserves de change.

Sur le plan du crédit intérieur, une incertitude géopolitique accrue tend à réduire l’appétit des banques commerciales pour le financement à long terme. Les entreprises des pays de l’AES pourraient voir leurs conditions de crédit se durcir, même si l’effet reste pour l’instant contenu par la liquidité abondante du système bancaire régional. La notation souveraine du Burkina Faso, déjà dégradée par plusieurs agences en 2025, pourrait subir un nouvel abaissement, renchérissant le coût de la dette.

Enfin, la position de la France – garante du franc CFA – face à ces ruptures institutionnelles est cruciale. Officiellement, Paris réaffirme son soutien à l’UEMOA, mais la multiplication des désengagements sahéliens pourrait accélérer les discussions sur une réforme du régime monétaire, voire sur un éventuel abandon du franc CFA dans ces pays. Une telle hypothèse, encore lointaine, aurait des conséquences majeures sur les équilibres macroéconomiques de la région.

Au-delà de la CPI, c’est tout l’édifice des relations entre les pays de l’AES et les institutions héritées de la période post-coloniale qui est en jeu. La question monétaire, souvent reléguée au second plan des débats géopolitiques, pourrait bien devenir le prochain terrain d’affrontement. Entre maintien dans l’UEMOA et velléités d’émancipation, les décisions des prochains mois détermineront la stabilité financière de toute l’Afrique de l’Ouest.