Après avoir connu une déflation inédite en fin d'année 2025, l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) voit l'inflation reprendre progressivement depuis février 2026. Si la croissance reste robuste à 6,7 % en 2025 et devrait atteindre 6,5 % au premier trimestre 2026, cette remontée des prix, portée par les chocs pétroliers et l'insécurité alimentaire, interroge la soutenabilité de la dynamique régionale. La BCEAO surveille de près une conjoncture où les tensions géopolitiques mondiales et les perturbations locales menacent de raviver les déséquilibres.
Inflation : le retour après la déflation
Après une phase de déflation inédite fin 2025, l’UEMOA enregistre une remontée progressive des prix depuis février 2026. La BCEAO surveille les tensions.
Une croissance tirée par les secteurs clés, mais des fragilités persistent
L'UEMOA achève l'année 2025 sur une performance remarquable, avec un PIB réel en hausse de 6,7 %, contre 6,2 % en 2024. Ce dynamisme, porté par les industries extractives, le secteur manufacturier et les services, se confirme au premier trimestre 2026, où la BCEAO anticipe une progression de 6,5 %, soit un niveau équivalent à celui du trimestre précédent. La bonne campagne agricole a également soutenu la demande intérieure, notamment dans l'agriculture vivrière et la pêche, offrant une base plus diversifiée à la croissance.
Cependant, cette embellie masque des fragilités structurelles. La persistance de l'insécurité dans plusieurs États membres (Sahel central, zones côtières) perturbe les chaînes d'approvisionnement et freine l'investissement dans certaines régions. Par ailleurs, la dépendance aux cours des matières premières expose l'Union aux fluctuations mondiales, comme en témoigne l'impact du renchérissement des produits pétroliers lié aux tensions au Moyen-Orient.
Le retour de l'inflation : un signal à double tranchant
Après une phase de déflation historique entre décembre 2025 (-0,8 %) et janvier 2026 (-0,3 %), l'inflation est repassée en territoire positif en février 2026, à +0,1 %. Les projections de la BCEAO indiquent une accélération à +0,4 % en mars puis à +0,8 % en avril 2026. Ce retournement, bien que modéré, marque la fin d'une période exceptionnelle de baisse des prix qui avait été favorisée par la baisse des cours internationaux des denrées et une politique monétaire accommodante.
Les causes de cette remontée sont multiples. D'une part, le renchérissement des produits pétroliers dans plusieurs pays membres, conséquence directe des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, se répercute sur les coûts de transport et de production. D'autre part, l'insécurité persistante dans certaines zones de l'Union perturbe les chaînes de distribution des produits alimentaires, créant des goulots d'étranglement et des pressions locales sur les prix. Ce phénomène contraste avec la situation observée au Togo, où l'inflation s'est maintenue à 0,1 % en avril 2026, illustrant les disparités nationales au sein de l'Union.
Quelles implications pour la politique monétaire régionale ?
La BCEAO se trouve face à un dilemme. D'un côté, soutenir une croissance encore fragile en maintenant des taux bas ; de l'autre, prévenir une éventuelle spirale inflationniste qui pourrait éroder le pouvoir d'achat des ménages et compromettre la stabilité macroéconomique. Le gouverneur de la banque centrale a récemment souligné la vulnérabilité de la région aux aléas internationaux, appelant à une coordination renforcée des politiques budgétaires et monétaires.
Par ailleurs, la sortie progressive du programme d'ajustement du Ghana avec le FMI, couplée à la mise en œuvre de la feuille de route régionale sur la sécurité alimentaire adoptée à Lagos mi-mai 2026, pourrait offrir des leviers pour atténuer les pressions inflationnistes. L'intégration commerciale et la facilitation des échanges intra-régionaux restent des axes prioritaires pour stabiliser les prix à moyen terme.
L'UEMOA évolue ainsi dans un équilibre précaire entre une croissance dynamique et des risques inflationnistes renaissants. La capacité de la région à maintenir sa trajectoire dépendra de sa résilience face aux chocs extérieurs, de la gestion des fragilités sécuritaires et de l'efficacité des politiques de coordination régionale. Au-delà des chiffres, c'est la solidité du modèle d'intégration ouest-africain qui se joue dans cette phase de transition.