Le 28 juillet 2026 à Abidjan, la Banque africaine de développement a publié ses Perspectives économiques régionales, confirmant une croissance ouest-africaine de 4,8 % en 2025 et projetant 4,6 % en 2026. Dans ce tableau globalement positif, la Côte d'Ivoire se distingue par une croissance attendue de 6,5 % et un risque de surendettement passé de « modéré » à « faible » en juin. À l'opposé, le Sénégal, dont la croissance est projetée à 5 % en 2026, voit sa notation souveraine dégradée et ses marges budgétaires se réduire, illustrant les trajectoires divergentes au sein de l'UEMOA.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Deux lectures de la résilience ouest-africaine

Les chiffres publiés par la BAD fin juillet à Abidjan confirment la reprise de l'Afrique de l'Ouest après une série de chocs, avec une croissance régionale de 4,8 % en 2025, supérieure à la moyenne continentale. L'institution projette 4,6 % pour 2026, portée par l'investissement privé et la demande intérieure. Mais cette moyenne masque des réalités contrastées : la Côte d'Ivoire affiche une dynamique de moteur régional, tandis que le Sénégal, lui aussi en croissance, doit composer avec des contraintes budgétaires plus sévères.

La Côte d'Ivoire, seul pays d'Afrique subsaharienne à être passé d'un risque de surendettement « modéré » à « faible » fin juin 2026, incarne une gestion budgétaire jugée crédible par les institutions financières. La BAD souligne la nécessité de consolider les marges budgétaires et de poursuivre les réformes structurelles, mais le pays bénéficie d'une confiance retrouvée des marchés, comme en témoigne le « coup double » réalisé par le Trésor ivoirien sur le marché régional des titres publics en juin. Cette position lui permet de mobiliser des financements à des conditions plus avantageuses, renforçant son rôle de locomotive de l'UEMOA.

Le Sénégal face à la révision de ses engagements

Le Sénégal présente un profil différent. Les projections de croissance de 5 % en 2026, contre 3,7 % en 2025, sont encourageantes, mais elles s'accompagnent d'une dégradation de sa notation souveraine : Moody's l'a abaissée de Ba3 à Caa1, et S&P de B+ à CCC+. Cette évolution, liée à la révélation d'engagements hors bilan, a alourdi le coût du capital et réduit l'accès aux marchés obligataires internationaux. Comme le souligne Mbagnick Diop, président du Mouvement des Entreprises du Sénégal, la perception de la trajectoire budgétaire a changé, et il appelle à préserver l'économie réelle plutôt que de se limiter à la correction des chiffres.

Cette situation met en lumière un paradoxe : alors que le Sénégal confirme son statut d'économie dynamique, portée par le démarrage de l'exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, ses marges budgétaires se réduisent. Le taux de chômage élargi atteint 22,9 % au premier trimestre 2026, en hausse de 1,2 point sur un an, et le secteur privé formel peine à absorber les nouveaux actifs. Les prévisions de croissance ont été régulièrement revues à la baisse depuis 2024, exposées aux chocs climatiques et aux variations des cours du brut.

Des trajectoires qui redessinent la région

Ces deux trajectoires illustrent les défis de la soutenabilité budgétaire en Afrique de l'Ouest. D'un côté, la Côte d'Ivoire capitalise sur une stabilité politique et des réformes structurelles pour attirer les investissements ; de l'autre, le Sénégal doit rétablir sa crédibilité financière tout en répondant à une demande sociale soutenue. La révision de la dette sénégalaise, bien que coûteuse à court terme, est perçue par certains analystes comme une condition préalable à la conclusion d'un programme avec le FMI, qui pourrait sécuriser les financements à moyen terme.

Au-delà des cas nationaux, la BAD met en avant des progrès d'intégration régionale : la part du commerce intrarégional est passée de 17 % en 2019 à 20 % en 2024, et les investissements dans la connectivité portent leurs fruits. La CEDEAO et l'UEMOA cherchent à approfondir cette intégration, qui pourrait atténuer les chocs asymétriques. Mais la divergence entre Abidjan et Dakar rappelle que la résilience régionale dépend de la capacité de chaque État à maintenir des politiques budgétaires crédibles.

La période qui s'ouvre sera décisive : les émissions obligataires sur le marché régional ont atteint un montant record au premier semestre 2026, témoignant de la confiance des investisseurs, mais aussi de besoins de refinancement élevés. La Côte d'Ivoire et le Sénégal, chacun à leur manière, devront concilier croissance, soutenabilité et attentes sociales.

La publication des perspectives de la BAD intervient dans un contexte où les États ouest-africains cherchent à financer leur développement tout en préservant leur crédibilité financière. La divergence entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal n'est pas un cas isolé : d'autres pays de la région, comme le Ghana ou le Bénin, sont confrontés à des arbitrages similaires. L'évolution des notations souveraines et des coûts d'emprunt dans les prochains mois sera un indicateur clé de la capacité de la région à maintenir sa dynamique de croissance sans compromettre sa soutenabilité budgétaire.