Le dernier rapport Global AI Diffusion de Microsoft révèle que 10,1 % de la population active togolaise (15-64 ans) utilise des outils d'IA générative. Ce chiffre place le pays dans le peloton de tête ouest-africain, aux côtés du Bénin, du Ghana et du Nigeria. Parallèlement, Lomé sécurise un financement de 24 millions d'euros pour assembler des drones sur son sol, affirmant une ambition de souveraineté technologique qui dépasse la simple adoption d'outils étrangers.

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Le cap des 10 % est souvent considéré comme le seuil de diffusion significative d'une innovation. En atteignant 10,1 %, le Togo rejoint un groupe restreint de pays ouest-africains où l'IA générative commence à imprégner les usages professionnels et personnels. Ce taux, bien que modeste comparé aux 23,1 % de l'Afrique du Sud, témoigne d'une pénétration rapide dans un contexte où la fracture numérique reste profonde. Il révèle surtout une appétence pour les outils de productivité et de création, portée par une démographie jeune et connectée.

Mais l'ambition togolaise ne se limite pas à la consommation de technologies importées. La signature d'un financement de 24 millions d'euros via la banque publique polonaise BGK pour l'initiative 'Africa Drone Company' marque un tournant. Le projet, piloté par Cyber Defense Africa, vise à concevoir, assembler et déployer des drones localement, avec des applications concrètes dans la surveillance des infrastructures critiques, l'agriculture de précision et la logistique. Ce n'est plus seulement une question d'outils, mais de création de valeur et de compétences sur le territoire.

Cette dynamique togolaise s'inscrit dans une recomposition plus large du paysage numérique ouest-africain. Le Ghana, voisin immédiat, consolide son partenariat avec les États-Unis autour de la régulation des satellites et de la formation de développeurs via le programme 'One Million Coders'. La Tunisie, de son côté, intègre des algorithmes d'IA dans sa douane pour fluidifier le commerce tout en renforçant le contrôle – une innovation qui fait écho aux défis logistiques du corridor Abidjan-Lagos. Même le géant panafricain Jumia, en quête de rentabilité, radicalise sa stratégie, reflétant la pression concurrentielle et les attentes d'un marché qui se sophistique.

Pour le Togo, l'enjeu est double. D'une part, il s'agit de capitaliser sur l'engouement pour l'IA générative afin d'accélérer la transformation des services publics et privés. D'autre part, la fabrication locale de drones offre une opportunité rare de monter en gamme dans la chaîne de valeur technologique, à un moment où la sécurité des infrastructures (ports, oléoducs, réseaux électriques) devient critique dans la région. La formation d'ingénieurs et de techniciens sera la clé pour que cette filière ne reste pas un simple assemblage sous licence, mais génère des retombées durables.

Cependant, ces avancées ne doivent pas masquer les fragilités structurelles. La part de la population togolaise ayant accès à une connexion haut débit reste inférieure à 30 %, et le coût des terminaux et des abonnements freine la démocratisation de l'IA. Par ailleurs, la dépendance aux financements extérieurs et aux partenariats bilatéraux expose le pays à des aléas géopolitiques, comme le montre la diversification des sources de financement polonaises dans un contexte européen tendu.

L'intelligence artificielle et les drones ne sont pas une fin en soi. Ils sont les instruments d'une stratégie plus vaste visant à repositionner les économies ouest-africaines dans la nouvelle division internationale du travail numérique. Le Togo, en misant sur l'adoption rapide et la production locale, cherche à éviter l'écueil du simple marché consommateur de technologies venues d'ailleurs. Reste à voir si l'écosystème local – écoles, startups, régulateur – pourra suivre le rythme.

Le pari togolais est audacieux, car il conjugue court terme (adoption d'outils) et long terme (construction de capacités). Il interroge aussi la capacité des États ouest-africains à bâtir des souverainetés numériques dans un monde dominé par les géants du Nord et de l'Est. L'avenir dira si Lomé réussit à transformer cette étincelle en flamme durable, capable d'irriguer l'ensemble de son tissu économique.