Le 1er juin 2026, le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) a lancé la campagne de distribution de 398 240 plants à Akata, dans la préfecture de Kpélé. Cette opération s’inscrit dans le Plan de développement café-cacao (PDCC) qui vise à moderniser les plantations et à renforcer la productivité. Alors que les exportations de café et de cacao ont presque doublé entre les campagnes 2023-2024 et 2024-2025, le Togo cherche à consolider ces filières historiques qui contribuent à 1,2 % du PIB. Mais la question de la compétitivité face à des géants comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana reste entière.

Infographie — Économie · Togo

Lancée le 1er juin à Akata, dans la préfecture de Kpélé, la campagne nationale 2026 de distribution de matériel végétal pour les filières café et cacao a remis aux producteurs 398 240 plants, dont 177 200 de cacao, 106 540 de café et 114 500 plants agroforestiers. Cette dotation massive s’inscrit dans le Plan de développement café-cacao (PDCC), adopté par le gouvernement togolais pour moderniser les plantations, améliorer la productivité et renforcer la résilience face au changement climatique, tout en promouvant une approche « zéro déforestation ».

Un rattrapage progressif depuis 2021

Selon le CCFCC, près de 940 000 plants ont été distribués depuis 2021, permettant le renouvellement d’environ 705 hectares de plantations. Ce rythme, bien que modeste au regard du potentiel du pays, témoigne d’une volonté de structurer durablement la filière. Les efforts commencent à se refléter dans les performances commerciales : lors de la campagne 2024-2025, les exportations ont atteint 4 400 tonnes de café et 24 000 tonnes de cacao, contre respectivement 2 618 et 11 182 tonnes lors de la campagne précédente. Une progression de près de 70 % pour le café et de plus de 114 % pour le cacao, portée par les plans de développement sectoriels adoptés en 2024.

Des défis structurels persistants

Malgré cette embellie, la filière reste fragile. Avec une contribution d’environ 1,2 % au PIB national et quelque 32 000 producteurs, le Togo pèse peu face à des voisins comme la Côte d’Ivoire (premier producteur mondial de cacao) ou le Ghana. La productivité moyenne par hectare demeure faible, et l’accès aux intrants de qualité ainsi qu’au financement reste un frein pour les petits planteurs. Le PDCC, en misant sur le renouvellement du verger et l’agroforesterie, tente de répondre à ces vulnérabilités, mais l’impact à long terme dépendra de la capacité à maintenir un appui technique et financier.

Une insertion dans les enjeux régionaux et globaux

Cette relance intervient dans un contexte régional marqué par les initiatives d’intégration de la CEDEAO, notamment le « Pacte d’avenir » axé sur la sécurité alimentaire et le développement durable. Parallèlement, les exigences internationales en matière de traçabilité et de zéro déforestation, comme le règlement européen sur les produits sans déforestation, poussent les producteurs à se conformer à des standards plus stricts. Le volet agroforestier des distributions – 114 500 plants – répond directement à cette contrainte, en offrant une opportunité de différenciation sur des marchés premiums.

Des infrastructures de valorisation en construction

Au-delà de la production, le Togo mise sur la montée en gamme. L’ouverture récente de centres dédiés au cacao d’excellence à Kessibo-Abrewankor et Mpoti, ainsi que le lancement d’une Maison du Café à Lomé, illustrent une stratégie de transformation et de commercialisation locale. Ces infrastructures visent à capter davantage de valeur ajoutée et à réduire la dépendance aux exportations de matière première. Elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de diversification économique, alors que le pays cherche à réduire sa vulnérabilité aux fluctuations des cours mondiaux.

Une dynamique à confirmer

Si les signaux sont encourageants, la pérennité de la relance repose sur plusieurs facteurs : la capacité à attirer des investissements privés, l’amélioration des conditions de vie des producteurs, et la mise en place d’un système de financement adapté aux cycles culturaux. Le Togo, à la croisée des enjeux de souveraineté alimentaire et de compétitivité exportatrice, pourrait trouver dans le café-cacao un levier de développement rural significatif, à condition de ne pas répéter les erreurs des filières historiques mal structurées de la sous-région.

La relance des filières café et cacao au Togo reflète une prise de conscience : la modernisation agricole est un passage obligé pour s’adapter aux nouvelles exigences des marchés mondiaux. Mais le chemin est encore long pour faire de ces filières un véritable moteur de croissance inclusive. Dans une sous-région où le cacao ivoirien ou ghanéen domine, le Togo cherche sa niche entre productivité et durabilité. L’expérience togolaise pourrait offrir un cas d’étude intéressant sur la capacité des petits États à tirer parti des transitions agroécologiques et réglementaires en cours.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI)