En juillet 2026, Togo et Bénin font le point sur le Programme régional d'intégration des marchés agricoles (PRIMA), visant à accroître de 30 % leurs échanges. Cette initiative s'inscrit dans un contexte où près de 10 milliards de dollars d'échanges informels échappent chaque année aux caisses des États ouest-africains. Les rencontres à Djougou, Dassa-Zoumé et Atakpamé ont mis en lumière les blocages persistants mais aussi les premiers progrès.
Togo-Bénin : le pari des corridors
Programme PRIMA · Fluidifier le commerce agricole régional
d'échanges informels par an
échappent aux caisses des États ouest-africains
Corridor Togo – Bénin
Ce qui bloque — Ce qui avance
Tracasseries administratives, contrôles redondants, infrastructures dégradées.
Producteurs, transporteurs, forces de sécurité et autorités réunies pour identifier les goulets.
Opérations de fluidité et campagnes sur les règles du commerce intracommunautaire.
Acteurs du programme PRIMA
« Les réunions des CCC ont permis d'évaluer les actions sur les axes routiers : suivi des flux, fluidité, sensibilisation. »
— Direction régionale Agriculture Plateaux Est
Un programme au long cours
Lancé pour six ans avec le soutien du Fonds international de développement agricole (FIDA), PRIMA est copiloté par les gouvernements togolais et béninois et coordonné par l'Agence régionale pour l'agriculture et l'alimentation (ARAA) de la CEDEAO. Les récentes réunions des Cadres de concertation corridor (CCC) ont permis d'évaluer les actions menées sur les axes routiers entre les deux pays : suivi des flux, opérations de fluidité, campagnes de sensibilisation aux règles du commerce intracommunautaire. Ces rencontres ont réuni producteurs, transporteurs, forces de sécurité et autorités, cherchant à identifier ensemble les goulets d'étranglement.
L'épineuse question des goulots d'étranglement
Les obstacles recensés sont multiples : barrières non tarifaires, tracasseries administratives, contrôles redondants, infrastructures dégradées. À l'ouverture de la rencontre d'Atakpamé, le directeur régional de l'Agriculture Plateaux Est, Kokouvi Kounoutchi, a appelé à "lever définitivement les goulots d'étranglement qui paralysent les échanges commerciaux". Ces difficultés expliquent en partie pourquoi le commerce informel reste si florissant dans la région. Selon des données récentes, près de 10 milliards de dollars s'évaporent chaque année des caisses des États ouest-africains, fruit d'échanges hors cadre formel – un chiffre qui souligne l'urgence d'agir.
Une double dynamique : facilitation et investissement
PRIMA ne se limite pas à la facilitation administrative. Le programme inclut le développement d'infrastructures rurales, l'entrepreneuriat agricole et le dialogue public-privé. En liant amélioration des routes et incitations à l'exportation, il espère attirer une partie des flux informels vers le circuit officiel. L'objectif de 30 % de hausse des échanges agricoles est ambitieux mais cohérent avec la taille du marché potentiel. Le succès dépendra de la capacité à pérenniser la coordination transfrontalière.
L'intégration régionale en filigrane
Ce programme s'inscrit dans une dynamique plus large de la CEDEAO, qui célébrait en mai 2026 son 51ᵉ anniversaire. Malgré des décennies d'efforts, l'intégration commerciale reste inachevée. Le corridor Togo-Bénin, l'un des plus empruntés de l'Afrique de l'Ouest, sert de test grandeur nature. Si PRIMA parvient à lever les blocages, il pourrait inspirer des initiatives similaires sur d'autres axes, de Bamako à Dakar en passant par Accra. Mais les défis sont immenses : coordination entre services de contrôle, harmonisation des normes, lutte contre la corruption.
Et l'informel dans tout ça ?
Les 10 milliards de dollars évoqués plus haut représentent une fuite massive de revenus pour les États, mais aussi une soupape de sécurité pour des millions de petits commerçants. Le défi n'est donc pas seulement technique : il est social et politique. Rendre le commerce formel plus attractif suppose de réduire les coûts et les délais, mais aussi de proposer des incitations crédibles. PRIMA l'a bien compris en incluant des campagnes de sensibilisation et en associant les acteurs informels aux discussions.
Perspectives
Les prochaines étapes seront cruciales : mise en œuvre des solutions identifiées, suivi des indicateurs de fluidité, extension éventuelle à d'autres filières. Le programme court jusqu'en 2029 environ, laissant le temps de mesurer l'impact. Mais dans un contexte où le commerce informel pèse aussi lourd, le pari de PRIMA n'est pas encore gagné.
Le corridor Togo-Bénin pourrait bien devenir un laboratoire pour l'intégration régionale ouest-africaine. Alors que la CEDEAO peine à concrétiser ses ambitions de libre-échange, chaque initiative de terrain apporte des enseignements précieux. Reste à savoir si la volonté politique et les moyens suivront pour transformer l'essai.