Le Fonds monétaire international a confirmé en mars 2025 une sous-déclaration d’environ 5 milliards de dollars de la dette publique sénégalaise entre 2019 et 2024, qualifiant cette omission de « décision consciente ». Cette révélation a conduit à la suspension de son programme d’appui de 1,8 milliard d’euros. Pendant ce temps, l’ancien président de la Cour des comptes sénégalaise affirme que son rapport ne mentionne aucune « dette cachée », créant un décalage saisissant.
Sous-déclaration de dette : le Sénégal face à une crise de crédibilité
Le FMI confirme une omission « consciente » de 5 milliards $, suspend son programme d’aide de 1,8 milliard €. La Cour des comptes sénégalaise conteste.
Omission massive de 5 milliards $
La dette publique sénégalaise est sous-estimée de façon répétée pendant cinq ans.
Le FMI qualifie l’omission de « décision consciente »
Le chef de mission Édouard Gemayel dénonce une manipulation délibérée pour emprunter à meilleur taux.
Suspension du programme d’aide de 1,8 milliard €
Le FMI suspend son appui en attendant des mesures correctives. La confiance est rompue.
entre 2019 et 2024
d’aide du FMI gelée
Deux lectures opposées
Édouard Gemayel, chef de mission
« Décision consciente » des autorités sénégalaises. Omission délibérée pour afficher un taux d’endettement artificiellement bas.
Ancien président (anonyme)
Dément formel : son rapport ne mentionne aucune « dette cachée ». Décalage saisissant avec les conclusions du FMI.
CONTEXTE ÉCONOMIQUE DU SÉNÉGAL
130,2 %
du PIB (FMI)-7,9 %
du PIB (FMI)0,8 %
(Banque mondiale)6,1 %
du PIB (Banque mondiale)« Cette sous-estimation résultait d’une décision consciente des autorités, et non d’une erreur technique. »
— Édouard Gemayel, chef de mission du FMI, mars 2025
Les faits : une sous-déclaration massive et ses contradictions
Le constat du FMI
À l’issue de sa mission de mars 2025, le FMI a établi qu’environ 5 milliards de dollars de dette publique sénégalaise n’avaient pas été intégrés dans les chiffres officiels entre 2019 et 2024. Le chef de mission, Édouard Gemayel, a déclaré sur TV5Monde que cette sous-estimation résultait d’une décision consciente des autorités, et non d’une erreur technique. Cette caractérisation distingue le cas sénégalais de simples omissions comptables et lui confère une dimension de manipulation délibérée, visant selon le FMI à afficher un taux d’endettement artificiellement bas pour emprunter à des conditions plus favorables. La révélation a immédiatement fragilisé la relation de confiance entre le Sénégal et ses partenaires financiers, aboutissant à la suspension d’un programme d’aide de 1,8 milliard d’euros, en attendant des mesures correctives.
Le déni local et ses implications
Parallèlement, Mamadou Faye, ancien président de la Cour des comptes sénégalaise, a affirmé publiquement qu’« aucune mention de dette cachée ne figure dans le rapport » de son institution. Ce désaccord ne porte pas seulement sur la sémantique – « dette cachée » versus « sous-déclaration » – mais sur la reconnaissance d’un fait économique majeur. Si le FMI parle de décision consciente, la Cour des comptes semble éviter le terme « cachée », ce qui alimente la confusion et fissure la crédibilité du pays. Il est crucial de distinguer le constat technique de la sous-évaluation – établi par le FMI et partagé par les autorités sénégalaises – de l’éventuelle qualification pénale, qui relève de la justice nationale. La question des responsabilités individuelles reste ouverte : le FMI ne peut que constater les faits, laissant aux institutions sénégalaises le soin d’identifier les auteurs.
Les conséquences financières et régionales
Privé d’accès aux euro-obligations depuis les révisions budgétaires de 2024, le Sénégal s’était tourné vers le marché régional de l’UEMOA pour ses besoins de financement. La suspension du programme du FMI aggrave cette situation, alors que le pays affiche des besoins de financement élevés et que d’autres États de la région, comme le Ghana, sortent tout juste de programmes du FMI. Cette affaire intervient dans un contexte où la confiance des investisseurs est cruciale pour maintenir des conditions d’emprunt soutenables. Le caractère délibéré de la sous-déclaration pourrait avoir des répercussions au-delà du Sénégal, affectant la perception des risques dans l’ensemble de l’UEMOA et renforçant l’exigence de transparence auprès des institutions financières internationales.
Au-delà des chiffres, cette affaire pose la question fondamentale de la crédibilité des données économiques dans la sous-région. Alors que le Sénégal cherche à rétablir la confiance, la divergence entre le diagnostic du FMI et la position de la Cour des comptes illustre les difficultés d’une gouvernance transparente. Comment les partenaires financiers et les marchés régionaux intégreront-ils ce précédent dans leurs évaluations futures ?