Élu président de l'Assemblée nationale le 26 mai 2026, quatre jours après avoir été limogé du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko prend la tête d'un Parlement dominé par son parti Pastef (130 sièges sur 165). Cette accession intervient dans un climat de rupture ouverte avec le président Bassirou Diomaye Faye, sur fond de divergences stratégiques face à une dette publique estimée à 132 % du PIB et un accès aux marchés internationaux toujours compromis depuis les révisions budgétaires de 2024.

Infographie — Économie · Sénégal

L'éviction d'Ousmane Sonko du gouvernement, suivie de son élection rapide au perchoir, révèle des fractures profondes au sein du pouvoir sénégalais. Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, nommé le 25 mai, est perçu comme une figure plus rassurante pour les partenaires financiers, mais sa marge de manœuvre apparaît limitée. Le président de l'Assemblée a promis de ne pas faire de l'institution « un instrument de chaos institutionnel », tout en avertissant qu'elle ne serait pas « une chambre d'enregistrement » – une déclaration qui sonne comme un avertissement à l'exécutif.

La rupture entre Faye et Sonko porte principalement sur la stratégie économique. Selon plusieurs observateurs, le président privilégierait des négociations avec le FMI pour obtenir un nouveau programme d'aide, tandis que Sonko défendrait une ligne plus souverainiste, réticente aux conditionnalités du Fonds. Cette opposition s'inscrit dans un contexte où le Sénégal, privé d'accès aux euro-obligations depuis 2024, se finance massivement sur le marché régional de l'UEMOA, avec des coûts croissants.

La capacité du gouvernement à faire passer des réformes cruciales – consolidation budgétaire, gestion de la dette – dépendra désormais de la coopération entre l'exécutif et un Parlement dominé par Sonko. Les auditions budgétaires du premier trimestre 2026 ont déjà été jugées sévèrement par le ministre des Finances Cheikh Diba, qui a dressé un bilan sans concession. Dans ce contexte, l'incertitude politique pourrait peser sur les investissements étrangers et la confiance des bailleurs.

L'opposition, de son côté, dénonce une mascarade politique, mais la réalité institutionnelle est inédite : jamais un chef de parti majoritaire n'avait occupé la présidence de l'Assemblée en étant en conflit ouvert avec le chef de l'État. Cette cohabitation inédite complexifie la gouvernance économique, alors que le Sénégal doit faire face à des échéances de remboursement et à des besoins de financement urgents.

Au-delà du Sénégal, cette situation illustre une tendance régionale : la montée des tensions entre exécutifs et Parlements en Afrique de l'Ouest, où les programmes d'ajustement du FMI suscitent des résistances souverainistes. Le cas sénégalais pourrait servir de test pour d'autres pays de l'UEMOA confrontés à des défis similaires.

La nomination de Sonko à l'Assemblée nationale ne constitue pas seulement un événement politique : elle redéfinit les équilibres institutionnels et pourrait influencer durablement la trajectoire économique du Sénégal. Reste à savoir si Faye et Sonko parviendront à trouver un modus operandi capable de conjuguer les exigences budgétaires et les aspirations souverainistes, ou si le pays s'enfonce dans une paralysie aux conséquences coûteuses pour les citoyens et les investisseurs.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)