Le 12 juillet à Touba, Ousmane Sonko a franchi un nouveau cap dans sa rupture avec Bassirou Diomaye Faye. L’ancien Premier ministre, devenu président de l’Assemblée nationale en mai 2026, accuse le chef de l’État de prioriser son parti sur la gestion d’une dette publique « quasi impayable ». Cette attaque frontale, assortie de menaces de motions de censure, plonge le Sénégal dans une crise politique inédite, à un moment où les négociations avec le FMI sont suspendues.

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Des alliés devenus adversaires

Le 12 juillet 2026, Ousmane Sonko a prononcé un discours à Touba qui a fait l’effet d’une bombe. Devant ses partisans, il a accusé le président Bassirou Diomaye Faye de trahir les promesses de leur campagne commune de 2024. « Le président ne fait plus des Sénégalais sa priorité », a-t-il lancé, pointant du doigt une dette publique « quasi impayable » et l’absence de programme avec le Fonds monétaire international. La rupture entre les deux hommes, qui ont porté ensemble le Pastef au pouvoir, est désormais consommée.

Cette escalade intervient dans un contexte politique déjà tendu depuis le limogeage de Sonko le 23 mai 2026, suivi de son élection triomphale à la présidence de l’Assemblée nationale le 26 mai. Fort de la majorité parlementaire, Sonko menace désormais de renverser le gouvernement « autant de fois que nécessaire » par des motions de censure. La réunion du bureau de l’Assemblée nationale ce 14 juillet pourrait ouvrir une nouvelle phase d’instabilité institutionnelle.

La dette comme arme politique

Dans un entretien accordé à Al Jazeera English, Sonko a détaillé sa vision de la crise économique. Il rappelle qu’à l’arrivée du Pastef au pouvoir, le ratio dette/PIB avoisinait 74 %, dépassant le seuil de convergence de l’UEMOA. Mais surtout, il révèle l’existence d’une « dette cachée » non autorisée par l’Assemblée nationale, dont une partie des fonds ne serait pas justifiable. Cette dette, selon lui, pourrait être qualifiée d’« odieuse » – un terme qui divise l’opposition. « Parler de dette odieuse n’exclut pas l’existence d’une dette cachée », insiste-t-il.

Cette stratégie de communication vise à légitimer son combat politique en le liant à une préoccupation économique majeure. En mettant en avant le fardeau de la dette, Sonko cherche à décrédibiliser la gestion de Faye tout en se posant en défenseur de la rigueur budgétaire. La suspension des décaissements du FMI, évoquée dans l’interview, accentue la pression sur l’exécutif. Le Sénégal, qui avait bénéficié d’un programme de réformes, voit aujourd’hui ses négociations au point mort, ce qui fragilise sa situation financière.

Un contexte régional sous tension

Cette crise sénégalaise survient alors que l’UEMOA avait salué, au printemps 2026, les effets positifs des réformes macroéconomiques dans plusieurs pays, notamment le resserrement monétaire et la rationalisation des dépenses. Mais le Sénégal fait figure d’exception. Pendant que le Ghana achevait en mai son programme de sauvetage de 3 milliards de dollars avec le FMI, sortant anticipativement de la tutelle, le Sénégal s’enfonce dans une impasse politique qui retarde ses propres réformes. La comparaison est préoccupante pour les investisseurs et les partenaires financiers.

La crise politique intra-pastef révèle aussi les fragilités de la démocratie sénégalaise, longtemps considérée comme un modèle en Afrique de l’Ouest. L’utilisation de la dette comme levier de contestation parlementaire inédite pourrait créer un précédent dangereux. Si Sonko met sa menace à exécution et fait tomber le gouvernement, le pays pourrait entrer dans une période d’instabilité prolongée, avec des conséquences directes sur sa note souveraine et sa capacité à lever des fonds sur les marchés internationaux.

Le jeu des acteurs

La coalition Diomaye Président a réagi le 13 juillet en qualifiant les déclarations de Sonko d’« irresponsables ». Mais elle ne peut ignorer la majorité parlementaire que contrôle désormais son adversaire. La question est désormais de savoir si une médiation est encore possible, ou si le pays se dirige vers une paralysie institutionnelle. Le FMI observe avec attention cette situation, alors que la prochaine revue du programme est suspendue.

Derrière les mots, c’est un bras de fer entre deux ambitions présidentielles qui se joue. Sonko, qui avait été évincé du gouvernement, utilise son nouveau mandat parlementaire pour contester la légitimité de Faye. Ce dernier, affaibli, tente de maintenir un cap économique dans un environnement politique devenu hostile. La sortie de crise passera nécessairement par un compromis sur la gestion de la dette et le retour à un dialogue constructif avec le FMI.

Cette crise politique majeure intervient dans une région confrontée à des défis de soutenabilité de la dette. Si le Sénégal ne parvient pas à résoudre rapidement son blocage institutionnel, il risque d’aggraver ses difficultés financières et d’éroder la confiance des investisseurs, déjà mise à mal par le contentieux sur la dette cachée. Au-delà du duel Sonko-Faye, c’est le modèle de gouvernance économique de l’UEMOA qui pourrait être testé : comment concilier transition politique, orthodoxie budgétaire et attentes populaires ?

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)