Le Sénégal a enregistré en 2025 un taux de croissance économique de 7,9 %, contre 6,1 % l’année précédente, selon une information relayée par le quotidien Le Soleil. Cette performance place le pays en tête des économies de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), devançant des poids lourds historiques comme la Côte d’Ivoire et le Ghana. L’événement intervient dans un contexte régional de reprise inégale, où la sortie du Ghana du programme du FMI et les efforts d’attraction d’investissements de la Côte d’Ivoire dessinent une nouvelle carte économique.
Sénégal : la croissance à 7,9 % redessine la hiérarchie économique ouest-africaine
Le Sénégal enregistre un bond historique et prend la tête des économies de la CEDEAO, devant la Côte d’Ivoire et le Ghana.
Une progression qui dépasse les prévisions
Le chiffre de 7,9 % surprend autant par son ampleur que par le moment où il survient. En 2024, le Sénégal affichait déjà une croissance honorable de 6,1 %, mais le bond d’un point et demi supplémentaire en un an dépasse les projections des institutions financières internationales, qui tablaient plutôt sur une stabilisation autour de 6,5 %. Ce dépassement suggère que les moteurs de l’économie sénégalaise tournent à plein régime, portés par la mise en production des premiers barils de pétrole et de gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, mais aussi par une reprise vigoureuse du tourisme et des services numériques. La 10e édition du Répertoire touristique & culturel du Sénégal, tenue en mai 2026, avait d’ailleurs mis en lumière les efforts de structuration du secteur, qui semble aujourd’hui porter ses fruits.
Un leadership contesté mais tangible
Prendre la tête des économies ouest-africaines implique de détrôner des concurrents de taille. La Côte d’Ivoire, qui affichait une croissance moyenne de 7 % ces dernières années, doit désormais composer avec un essoufflement de ses investissements industriels, malgré les appels lancés par le Premier ministre Beugré Mambé lors de l’Africa CEO Forum de Kigali en mai 2026. Le Ghana, quant à lui, vient de conclure son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, officialisant une sortie qui témoigne d’une stabilisation macroéconomique, mais aussi d’une croissance plus modérée que par le passé. Dans ce contexte, la progression sénégalaise n’est pas seulement quantitative : elle redessine les équilibres régionaux et renforce le poids de l’UEMOA face aux économies anglophones.
Cependant, ce leadership reste fragile. La croissance sénégalaise repose en partie sur des ressources extractives dont les cours sont volatils, et sur une base de production encore étroite. Le défi pour Dakar sera de diversifier ses moteurs pour éviter une dépendance excessive aux hydrocarbures, comme l’ont appris à leurs dépens plusieurs pays africains. Par ailleurs, les infrastructures de transport et d’énergie, bien qu’en amélioration, restent en deçà des besoins d’une économie qui croît à ce rythme. Les autorités sénégalaises en sont conscientes : le prochain budget devra arbitrer entre soutien à la demande intérieure et maintien de la discipline budgétaire.
Des dynamiques régionales contrastées
La nouvelle hiérarchie s’inscrit dans un paysage ouest-africain plus large marqué par des évolutions divergentes. D’un côté, la Côte d’Ivoire multiplie les initiatives pour structurer sa filière numérique, comme en témoigne le salon des téléphones et applications mobiles lancé à Abidjan en mai 2026. De l’autre, le Ghana sort d’une période d’ajustement douloureux, mais avec une dette publique encore élevée. Le Sénégal semble bénéficier d’un alignement des planètes : une stabilité politique relative, des réformes sectorielles engagées et une fenêtre d’opportunité offerte par la hausse de la demande mondiale en gaz. Cette conjonction pourrait permettre au pays de consolider son avance dans les années à venir, à condition que les recettes extractives soient investies dans des secteurs porteurs comme l’agriculture et le capital humain.
L’envol du Sénégal soulève également des questions sur l’intégration régionale. Au sein de la CEDEAO, les écarts de performance économique s’accentuent, rendant plus complexe la coordination des politiques monétaires et budgétaires, surtout dans un contexte d’inflation persistante et de tensions sécuritaires dans le Sahel. La zone franc, qui lie le Sénégal à ses voisins de l’UEMOA, offre un cadre stable, mais le différentiel de croissance pourrait créer des pressions concurrentielles sur les marchés de capitaux et du travail.
Enfin, cette performance est aussi un test pour la gouvernance. Les observateurs scruteront la capacité des institutions sénégalaises à gérer l’afflux de devises et à éviter les syndromes de la malédiction des ressources. L’exemple de plusieurs producteurs de pétrole africains rappelle que la croissance ne se traduit pas automatiquement en développement inclusif. Les prochains indicateurs de pauvreté et d’emploi, qui seront publiés fin 2026, donneront une première indication de la qualité de cette expansion.
Le Sénégal n’est pas le premier pays ouest-africain à connaître une poussée de croissance tirée par les ressources, mais il pourrait être l’un des premiers à tenter une transformation structurelle rapide. Si la région semble entrer dans une nouvelle phase où les hiérarchies économiques se recomposent, la question centrale reste la même : comment faire d’une croissance de 7,9 % un levier de prospérité partagée, et non un simple feu de paille statistique ?