Le Sénégal a enregistré une croissance de 6,7% en 2025, tirée par le démarrage de l'exploitation des gisements de gaz et de pétrole. Ce chiffre, le plus élevé de l'UEMOA, met en lumière la transformation économique en cours, mais soulève des interrogations sur la gestion des revenus extractifs et la diversification. Dans une région où d'autres pays peinent à convertir les richesses naturelles en développement durable, Dakar devra éviter les écueils classiques du syndrome hollandais.

L'annonce d'une croissance de 6,7% pour l'année 2025 confirme le rôle moteur des hydrocarbures dans l'économie sénégalaise. Les premiers barils de pétrole du champ Sangomar et les exportations de gaz naturel liquéfié de Grand Tortue Ahmeyim ont injecté des milliards de francs CFA dans les caisses de l'État et stimulé les secteurs connexes – transport, construction, services. Cette performance place le Sénégal en tête des économies de l'UEMOA, devant la Côte d'Ivoire et le Ghana, mais elle repose sur un secteur dont les revenus sont intrinsèquement volatils et finis.

L'enjeu principal réside dans la capacité du gouvernement à transformer cette manne temporaire en actifs productifs durables. L'histoire économique de l'Afrique de l'Ouest est jalonnée de contre-exemples : le Nigeria, malgré des décennies de production pétrolière, reste vulnérable aux chocs externes et peine à diversifier son tissu productif. Le Ghana, après un boom pétrolier au début des années 2010, fait face à une crise d'endettement. Le Sénégal, qui a adopté un code pétrolier révisé et des mécanismes de fonds souverains, cherche à éviter ces écueils, mais la transparence et la discipline budgétaire seront déterminantes.

Au-delà des risques macroéconomiques, cette croissance pose la question de l'inclusion. Les régions d'exploitation (Saint-Louis, la façade atlantique) concentrent les investissements, tandis que l'agriculture et le secteur informel – qui emploient la majorité des Sénégalais – progressent moins vite. Le risque d'une dualisation de l'économie, avec un secteur extractif moderne et un reste du monde agricole stagnant, est réel. Les autorités misent sur des plans de développement local et des fonds d'infrastructures pour diffuser les retombées, mais leur efficacité reste à prouver.

Dans le contexte régional, cette croissance sénégalaise intervient alors que la CEDEAO cherche à harmoniser ses politiques énergétiques et à renforcer la résilience face aux chocs. Le Sénégal devient un fournisseur potentiel de gaz pour les pays voisins, notamment ceux du Sahel en transition énergétique. Mais il devra composer avec les contraintes de l'UEMOA : une monnaie unique, le franc CFA, qui limite la flexibilité monétaire, et des règles budgétaires contraignantes (critères de convergence). La coordination entre politique budgétaire et monétaire sera cruciale pour éviter des tensions inflationnistes liées à l'afflux de devises.

Enfin, la soutenabilité environnementale et sociale de l'exploitation des hydrocarbures est scrutée par les partenaires au développement et la société civile. Les engagements du Sénégal dans le cadre de l'Accord de Paris et les pressions pour une transition énergétique juste imposent de concilier exploitation des ressources fossiles à court terme et objectifs climatiques à long terme. Le pays explore des alternatives comme l'hydrogène vert, mais les investissements nécessaires restent marginaux comparés aux revenus pétroliers.

La croissance sénégalaise de 2025 illustre l'ambivalence des économies ouest-africaines face à la rente extractive : une opportunité historique, mais aussi un test de gouvernance et de vision stratégique. Au-delà du Sénégal, c'est toute la région qui observe – et qui devra tirer les leçons de cette expérience pour repenser ses modèles de développement dans un monde en transition énergétique.