L'excédent commercial de la République du Congo s'est effondré de plus de 70 % en 2025, passant de 4,55 milliards USD à 1,24 milliard USD, selon l'African Trade Report 2026 d'Afreximbank. Cette dégradation résulte d'une double contrainte : une chute de 10 % des exportations, largement dépendantes des hydrocarbures, et une envolée de 55 % des importations. Au-delà du cas congolais, ce rapport interroge la résilience des économies pétrolières de la zone franc face à la volatilité des cours et à la pression des factures extérieures.

Infographie — Analyse économique

Un double mouvement défavorable

Les chiffres publiés par Afreximbank sont sans équivoque. En 2025, les exportations congolaises ont reculé de 10,15 % pour s'établir à 8,02 milliards USD, tandis que les importations bondissaient de 54,85 % à 6,78 milliards USD. Le repli des recettes d'exportation s'explique en grande partie par la baisse du prix moyen du Brent, passé de 81 dollars le baril en 2024 à 69 dollars en 2025, soit une contraction de près de 15 %. Pour une économie où les hydrocarbures représentent l'essentiel des ventes à l'étranger, cet effet prix est mécanique.

Mais l'ampleur de la hausse des importations interpelle. Alors que la facture extérieure africaine n'a progressé que de 6 % en moyenne, la République du Congo a vu la sienne croître près de dix fois plus vite. Le rapport d'Afreximbank pointe le coût élevé des engrais et des denrées alimentaires, ainsi que les besoins en biens d'équipement liés aux grands projets d'infrastructure. Ce second facteur suggère une certaine dynamique d'investissement, mais il pèse lourdement sur la balance commerciale.

Le spectre de la dépendance pétrolière

Malgré cette contraction, l'excédent commercial reste positif, ce qui distingue le Congo de plusieurs économies africaines ayant basculé en déficit en 2025. Néanmoins, le niveau des réserves de change est alarmant : à peine 0,7 milliard USD, soit 1,4 mois de couverture des importations, bien en deçà du seuil de trois mois recommandé par le FMI. Cette faiblesse expose le pays à d'éventuels chocs extérieurs.

La situation congolaise illustre la vulnérabilité des États dont les recettes d'exportation sont concentrées sur une ou deux matières premières. Dans l'ensemble de l'Afrique, le rapport note que la progression des importations est tirée par les engrais et l'alimentation, deux postes qui renforcent la dépendance extérieure. Pour les économies pétrolières de la zone franc, le double choc – baisse des cours et hausse des factures – réduit les marges de manœuvre budgétaires et monétaires.

Un signal pour l'Afrique de l'Ouest ?

Si la République du Congo appartient à la CEMAC, son profil de pays pétrolier n'est pas sans rappeler celui de certains États d'Afrique de l'Ouest. Le Nigeria, premier producteur de brut du continent, subit également les fluctuations du marché pétrolier. La Côte d'Ivoire, bien que plus diversifiée, voit ses recettes d'exportation dépendre du cacao et du pétrole. Le cas congolais souligne l'urgence de diversifier les bases exportatrices pour atténuer l'impact de la volatilité des cours.

Le rapport d'Afreximbank intervient dans un contexte où les cours du pétrole restent sous pression, avec un Brent qui devrait osciller autour de 65-70 dollars en 2026 selon les prévisions. Les pays de la zone franc, qui bénéficient de la garantie du Trésor français via le compte d'opérations, ne sont pas à l'abri d'une détérioration de leurs indicateurs extérieurs. Le Congo, avec un excédent qui se réduit et des réserves très faibles, pourrait devoir ajuster sa politique budgétaire ou recourir à l'endettement.

L'excédent commercial congolais s'amenuise, mais le vrai signal d'alarme réside dans la faiblesse des réserves de change et la dépendance structurelle aux hydrocarbures. Alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à accélérer sa transformation structurelle, le cas du Congo rappelle que la diversification économique n'est pas une option, mais une nécessité pour préserver la stabilité macroéconomique dans la durée.