Le professeur Moustapha Kassé, doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, est décédé le 1er juin 2026 à l’âge de 85 ans. Figure majeure de la pensée économique africaine, il laisse derrière lui une œuvre qui a profondément influencé les politiques de développement du continent. Son décès survient à un moment où les économies ouest-africaines, entre volontarisme étatique et réalités du marché, cherchent encore leur voie.
Pr Moustapha Kassé
1941 – 2026
La pensée économique africaine perd l’un de ses piliers. Doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’UCAD, il a formé des générations d’économistes et marqué les politiques de développement du continent.
Naissance à Tambacounda, Sénégal. Début d’un parcours qui incarnera une génération d’intellectuels africains refusant les schémas imposés.
Agrégé d’économie, il préside à trois reprises les jurys du Concours d’Agrégation du Cames. Il forme des centaines d’universitaires et devient doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’UCAD.
Dernière année de publication active. Sa pensée pragmatique face aux institutions de Bretton Woods continue d’influencer les politiques économiques ouest-africaines.
Décès à 85 ans. Il laisse une œuvre majeure et une génération d’économistes africains formés à l’école du développement lucide et pragmatique.
« Là où certains adoptaient des postures idéologiques, Kassé plaidait pour une approche lucide et pragmatique. »
— Extrait de l’article Cauris
Doyen honoraire de l’UCAD, il a présidé trois jurys d’agrégation du Cames et formé des centaines d’universitaires africains.
Refusant les schémas imposés, il prônait des politiques cohérentes et attractives pour mobiliser les investissements.
Selon le FMI, l’inflation au Sénégal s’établit à 1,4 %. Un indicateur de stabilité dans une région qui cherche encore sa voie entre volontarisme étatique et réalités du marché.
Né en 1941 à Tambacounda, Moustapha Kassé a incarné une génération d’intellectuels africains formés à l’école du développement, mais refusant les schémas imposés de l’extérieur. Agrégé d’économie, il a présidé à trois reprises les jurys du Concours d’Agrégation du Conseil africain et malgache pour l’Enseignement supérieur (Cames), contribuant à la formation de centaines d’universitaires. Son parcours, de l’UCAD aux universités européennes, illustrait une volonté constante de faire dialoguer les savoirs.
Une pensée ancrée dans le pragmatisme
Là où certains économistes africains adoptaient des postures idéologiques face aux institutions de Bretton Woods, Kassé plaidait pour une approche lucide et pragmatique. Dans un contexte de libre circulation des capitaux, il estimait que les États devaient mettre en place des politiques cohérentes et attractives pour mobiliser les investissements. Cette vision, nourrie par l’observation du recul du néolibéralisme, résonne aujourd’hui avec les stratégies d’industrialisation accélérée observées au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.
L’héritage institutionnel
Au-delà de ses écrits, Moustapha Kassé a bâti des institutions. Il a été l’initiateur du Programme de Troisième Cycle Interuniversitaire en Économie (PTCI) et fondateur du Congrès des Économistes africains sous l’égide de l’Union africaine. Ces structures ont permis de créer un espace de réflexion collective où les économistes du continent pouvaient confronter leurs analyses, loin des chapelles occidentales.
Une voix pour l’intégration régionale
Dans ses travaux, Kassé insistait sur la nécessité pour l’Afrique de bâtir ses propres alternatives de développement, tout en restant ouverte aux partenariats internationaux. Il voyait dans l’intégration régionale un levier essentiel. Cette conviction s’inscrit dans les dynamiques actuelles de l’Afrique de l’Ouest, où les corridors logistiques – comme le port de Lomé, qui a traité 30,6 millions de tonnes en 2024 – matérialisent cette interdépendance.
L’écho dans l’actualité
Les réflexions de Kassé sur la cohérence des politiques publiques trouvent un écho particulier alors que les ports de Dakar, Abidjan et Lomé rivalisent d’investissements pour capter les flux. La clôture récente des opérations du tanker Mersin au port de Dakar rappelle que la gestion des infrastructures reste un défi majeur. Dans ce contexte, la pensée de l’économiste, qui prônait une approche systémique, apparaît plus que jamais d’actualité.
Une perte pour la pensée critique africaine
Avec la disparition du professeur Kassé, c’est une voix qui savait conjuguer rigueur académique et engagement citoyen qui s’éteint. Sa vision d’une Afrique unie, capable de définir ses propres modèles de développement, reste un horizon pour les jeunes économistes du continent. Alors que l’innovation et l’intelligence artificielle redéfinissent les compétences, comme en débattaient des experts venus de dix pays africains en mai 2026, le besoin de penseurs capables de relier ces transformations aux fondamentaux économiques se fait plus pressant.
L’hommage au professeur Moustapha Kassé dépasse le cadre de la nécrologie académique. Il soulève la question de la transmission des savoirs et du rôle des intellectuels dans les transitions économiques africaines. Alors que le continent s’engage dans des transformations structurelles, qui reprendra le flambeau de cette pensée lucide et engagée ?