Depuis lundi 17 août, une trentaine d'acteurs togolais participent à Lomé à une session de sensibilisation aux nouvelles normes nationales, portées par la Haute Autorité de la Qualité et de l'Environnement (HAUQE). Ces référentiels, qui couvrent des filières stratégiques comme le soja, le maïs ou la volaille, visent à faciliter l'accès aux marchés régionaux et internationaux. Un processus engagé en 2024 qui s'accélère, alors que la CEDEAO et l'UEMOA multiplient les chantiers d'harmonisation.

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Le Togo franchit une étape décisive dans sa stratégie de montée en gamme de ses produits agricoles. En organisant cette session de sensibilisation, la HAUQE et l'Agence togolaise de normalisation (ATN) entendent outiller les producteurs et transformateurs sur les 46 normes nationales et 31 programmes de certification élaborés depuis 2024. Ces référentiels couvrent des filières prioritaires — soja, maïs, sorgho, viandes et volailles — qui pèsent lourd dans l'économie togolaise et ses ambitions exportatrices.

Ce déploiement normatif intervient dans un contexte régional marqué par une accélération des chantiers d'intégration économique. La CEDEAO et l'UEMOA travaillent en effet à l'harmonisation des standards sanitaires et phytosanitaires pour fluidifier les échanges intrarégionaux. En se dotant de normes alignées sur les exigences internationales, le Togo cherche à éviter que ses produits soient bloqués aux frontières, tout en renforçant sa compétitivité face à des voisins comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire, qui ont déjà engagé des démarches similaires.

L'enjeu est d'autant plus crucial que la production de soja togolaise, estimée à plus de 200 000 tonnes par an, est largement destinée à l'exportation. Or, les marchés internationaux, notamment européens, imposent des normes de plus en plus strictes en matière de traçabilité et de résidus de pesticides. La conformité aux référentiels nationaux devient ainsi un prérequis pour accéder à des débouchés rémunérateurs. Comme le souligne Dr Essot'na Héyou Bodjona, directeur général de l'ATN, ces normes intègrent les réalités climatiques et pédologiques locales, tout en visant une meilleure pénétration des marchés.

Le processus de normalisation ne se limite pas à un exercice technique. Il implique une concertation étroite avec les parties prenantes — producteurs, transformateurs, chercheurs — pour identifier les besoins réels des filières. Ndeye Maguette Diop, experte internationale en qualité, rappelle que tout a commencé par une collecte des besoins, suivie de la mise en place de comités techniques et d'un examen scientifique des projets avant homologation. Cette approche participative vise à garantir l'appropriation des normes par les opérateurs économiques, condition essentielle de leur efficacité.

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique de l'Ouest, où la qualité devient un levier stratégique de développement. Le Sénégal, avec son Plan Sénégal émergent, a mis l'accent sur la normalisation de ses filières halieutiques et horticoles. La Côte d'Ivoire, de son côté, a renforcé ses contrôles sur les produits agricoles d'exportation comme le cacao. Dans ce contexte, le Togo semble vouloir jouer la carte de la qualité pour se différencier et sécuriser des parts de marché.

Les défis restent néanmoins considérables. La mise en œuvre effective des normes suppose des capacités techniques et financières que toutes les entreprises ne possèdent pas, en particulier les petites unités de transformation. La sensibilisation engagée à Lomé devra s'accompagner d'un accompagnement concret, notamment en matière d'investissements dans les équipements de contrôle et de certification. Par ailleurs, la coordination avec les autres pays de la CEDEAO sera déterminante pour éviter que des normes nationales divergentes ne créent de nouvelles barrières commerciales.

Au-delà de l'aspect réglementaire, cette démarche révèle une évolution des mentalités : la qualité n'est plus perçue comme une contrainte, mais comme un investissement stratégique. Les opérateurs togolais semblent prendre conscience que la conformité aux normes est un atout pour négocier avec les grands acheteurs et pour construire une réputation sur les marchés d'exportation. C'est un changement culturel profond, qui pourrait transformer durablement le tissu économique du pays.

Alors que la CEDEAO et l'UEMOA poursuivent leurs chantiers d'harmonisation, le Togo se positionne comme un laboratoire de la normalisation en Afrique de l'Ouest. La réussite de ce pari dépendra de la capacité du pays à transformer ces référentiels en avantage compétitif réel, et à embarquer l'ensemble des acteurs économiques dans cette dynamique qualité. Un enjeu qui dépasse largement le cadre national, car il conditionne la fluidité des échanges et la compétitivité de toute la région.