La décision de S&P Global Ratings de relever la note souveraine du Nigeria à « B » le 16 mai 2026 a confirmé un mouvement de fond : les grands pays d'Afrique de l'Ouest sont en voie de stabilisation macroéconomique. Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) vient en préciser les contours, en détaillant les trajectoires du Nigeria, de la Côte d'Ivoire et du Ghana. Derrière des indicateurs en amélioration, c'est toute la question de la soutenabilité de la dette et de l'inclusion qui se pose, dans une région où le déficit d'infrastructures atteint 118 milliards de dollars.

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Nigeria : la fin de la tempête monétaire

Deux ans après la libéralisation du naira et la suppression des subventions aux carburants, l'économie nigériane souffle. La croissance s'est établie à 4,0 % en 2025, contre 4,1 % l'année précédente, mais le véritable succès est du côté de l'inflation : elle a chuté de 33,2 % à 23 %, grâce à une politique monétaire restrictive soutenue par la Banque centrale. Le déficit budgétaire s'est toutefois creusé à 2,4 % du PIB, tandis que la dette publique a légèrement reculé à 50,2 %. La position extérieure reste solide, avec un excédent courant de 6,0 % du PIB, porté par les exportations pétrolières. Pourtant, le taux de pauvreté demeure à 31 %, signalant une croissance qui profite encore peu à la majorité de la population.

Côte d'Ivoire : la locomotive qui accélère

À l'opposé du géant nigérian, la Côte d'Ivoire affiche une croissance soutenue de 6,5 % en 2025, contre 6,0 % en 2024, tirée par le projet gazier Baleine et la vigueur des services. L'inflation y est quasiment nulle (0,1 %), et le déficit budgétaire a été contenu à 3 % du PIB. Le pays a surtout été actif sur les marchés internationaux : en février 2026, il a levé 1,3 milliard de dollars en eurobonds et a créé un fonds souverain stratégique. Le déficit courant s'est résorbé à 1 % du PIB grâce à des termes de l'échange favorables. Abidjan semble ainsi capitaliser sur sa stabilité politique et ses réformes pour attirer les investisseurs, dans un contexte régional où la mobilisation des ressources reste tendue.

Ghana : le retour de la crédibilité

Le Ghana, après la crise de la dette de 2022-2023, renoue avec une croissance robuste : 5,8 % en 2025, contre 5,6 % en 2024. L'inflation a fortement reculé, passant de 22,9 % à 14,6 %, tandis que le déficit budgétaire s'est réduit spectaculairement de 6,3 % à 2,4 % du PIB. La dette publique est repassée sous le seuil de 55 % du PIB, un signal fort pour les marchés. Cette amélioration résulte du programme de restructuration de la dette et de l'assainissement budgétaire mené avec le FMI. Toutefois, les besoins de financement restent élevés, et la reprise des émissions d'eurobonds n'est pas encore à l'ordre du jour.

Des fragilités communes

Si ces trois économies présentent des orientations divergentes, elles partagent des défis similaires. Le rapport de la BAD souligne que la mobilisation des recettes intérieures reste insuffisante, et que la pauvreté, le chômage des jeunes et le déficit d'infrastructures pèsent sur le potentiel de croissance à long terme. La note pays du Nigeria insiste sur le caractère peu inclusif de la croissance, tandis que pour la Côte d'Ivoire, la question de la transformation structurelle de l'économie demeure centrale. Le Ghana, de son côté, doit consolider les acquis de la restructuration sans retomber dans les déséquilibres.

Les récentes évolutions, comme la hausse de l'inflation régionale à 15,7 % en avril 2026 (selon les données de la Banque mondiale), montrent que la stabilité reste fragile. Le sommet Africa Forward, qui a réuni les présidents Tinubu et Mahama en mai 2026, a mis l'accent sur le financement des infrastructures et le climat d'investissement, deux clés pour pérenniser la reprise.

La diversité des performances économiques en Afrique de l'Ouest reflète des stratégies nationales distinctes, mais aussi une dépendance persistante aux chocs extérieurs et aux marchés financiers internationaux. Alors que la Côte d'Ivoire semble avoir trouvé un rythme de croisière, le Nigeria et le Ghana sont encore en convalescence après des ajustements douloureux. La question centrale pour la région reste de savoir si ces améliorations macroéconomiques pourront se traduire en progrès tangibles pour les populations, dans un environnement mondial marqué par la fragmentation et la hausse des coûts du capital.

Données de référence : Inflation : 23.0% (FMI) · Dette publique brute : 35.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI) · Inflation : 23.0% (FMI) · Solde budgétaire : -1.8% (FMI) · Solde budgétaire : -1.8% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.0% (FMI) · Inflation : 23.0% (FMI)