Ce lundi 13 juillet 2026, le Comité interparlementaire de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (CIP-UEMOA) a ouvert sa 58e session ordinaire à Niamey. Au menu : adoption du budget 2027, bilan de la transposition des directives communautaires et, surtout, examen de la Vision Prospective UEMOA 2040 et du Plan stratégique IMPACT 2030. Cette session intervient dans un contexte régional marqué par des chocs économiques successifs et la recherche de nouvelles dynamiques d'intégration, quelques semaines après le lancement du « Pacte d'avenir » de la CEDEAO en mai dernier.

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La cérémonie, présidée par le président par intérim du CIP-UEMOA, Fononna Cheick Ahmed Coulibaly, a réuni les parlementaires des huit États membres, des experts de la Commission de l'UEMOA et des représentants des institutions nationales. La présence du président du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) du Niger, Dr Mamoudou Harouna Djingarey, souligne l'ancrage de cette rencontre dans le contexte de transition politique nigérienne, mais aussi la volonté de l'Union de maintenir le dialogue avec tous ses membres, y compris ceux traversant des périodes de changement institutionnel.

Des chantiers budgétaires et normatifs pour consolider l'acquis

Le programme de travail de la session couvre d'abord des questions administratives essentielles : l'état d'exécution à mi-parcours du budget 2026, l'adoption du projet de budget 2027 et du cadre pluriannuel 2027-2029. Ces discussions, bien que techniques, sont cruciales pour évaluer la capacité de l'UEMOA à financer ses priorités et à adapter ses dépenses aux réalités économiques de la zone. Par ailleurs, le bilan des actions de plaidoyer pour la transposition des directives communautaires par les parlements nationaux constitue un indicateur clé de l'intégration juridique. Le retard de transposition demeure un frein à l'harmonisation des politiques, et ce bilan permettra d'identifier les blocages persistants.

Vision 2040 et croissance inclusive : un cap stratégique face aux crises

Au-delà des aspects budgétaires, deux communications thématiques structurent les débats. La première présente la Vision Prospective UEMOA 2040 et le Plan stratégique IMPACT 2030, qui visent à doter l'Union d'un cadre de planification à long terme. Cette initiative s'inscrit dans la continuité des réflexions menées au niveau régional, notamment le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO présenté en mai 2026 par le Commissaire Abdel-Fatau Musah. L'articulation entre ces deux visions sera déterminante pour éviter les doublons et renforcer la cohérence des politiques d'intégration, alors que les investissements dans les infrastructures – comme le hub logistique du Port de Lomé, qui a traité 30,6 millions de tonnes en 2024, ou le programme de formation d'ingénieurs autour du barrage de Souapiti en Guinée – témoignent d'une dynamique de développement qui gagnerait à être coordonnée.

La seconde communication, intitulée « Crises économiques récentes et croissance inclusive dans la zone UEMOA », répond à une urgence. La région a subi les contrecoups de la pandémie de COVID-19, de l'inflation importée, des chocs sécuritaires et climatiques. Les discussions devront éclairer comment concilier relance et réduction des inégalités, dans un espace où la croissance n'a pas toujours profité aux populations les plus vulnérables. Les expériences contrastées des États membres, entre production d'or en hausse – comme en témoigne l'intérêt constant pour le secteur minier – et dépendance aux centrales thermiques persistante au Togo malgré l'accélération des énergies renouvelables, offrent des cas concrets pour nourrir la réflexion.

Un contexte géopolitique qui teste la résilience de l'UEMOA

Le choix de Niamey pour cette session n'est pas anodin. Le Niger, membre de l'UEMOA et de la CEDEAO, est depuis 2023 sous régime de transition. Sa participation active aux instances régionales démontre la résilience des mécanismes d'intégration, même lorsque certains pays connaissent des ruptures constitutionnelles. En mai dernier, l'actualité était dominée par le « Pacte d'avenir » de la CEDEAO et les grands projets d'infrastructure ; aujourd'hui, la focale est mise sur la planification stratégique interne à l'UEMOA. Ce décalage temporel illustre la complexité du paysage institutionnel ouest-africain, où deux organisations – UEMOA et CEDEAO – poursuivent des objectifs parfois parallèles, mais rarement convergents de manière fluide.

Vers une intégration plus inclusive et prospective

La session du CIP-UEMOA ne se limite pas à une simple réunion parlementaire : elle témoigne d'une volonté de renouveler le logiciel de l'intégration, en mettant l'accent sur la vision à long terme et l'inclusivité. Les parlementaires, en tant que relais entre les citoyens et les institutions, jouent ici un rôle clé pour s'assurer que les directives et les stratégies ne restent pas lettre morte. Les prochains jours diront si les discussions aboutiront à des engagements concrets sur la transposition ou sur la feuille de route de la Vision 2040.

Alors que la région fait face à des défis multiples – insécurité, dette, transitions politiques –, la tenue de cette session à Niamey et le contenu de ses travaux indiquent que l'UEMOA cherche à consolider son rôle d'ancrage économique et monétaire. Reste à voir si la Vision 2040 saura s'articuler avec les initiatives de la CEDEAO pour créer un espace ouest-africain véritablement intégré, où les aspirations des populations rencontrent les stratégies des institutions. Les décisions prises cette semaine auront un impact sur la crédibilité et l'efficacité de l'Union pour la décennie à venir.