La Banque mondiale a révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2026, à 2,5 %, sous le double effet du conflit au Moyen-Orient et de la flambée des prix de l'énergie. Pour l'Afrique de l'Ouest, ce choc externe survient alors que certains pays, comme le Ghana, sortent tout juste d'un programme d'ajustement du FMI, et que la Côte d'Ivoire cherche à attirer les investisseurs. Cette nouvelle donne macroéconomique contraste avec les dynamiques positives observées au printemps et pose la question de la résilience régionale.

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Un choc pétrolier inattendu qui rebat les cartes

Le rapport des Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, publié début juin 2026, dresse un tableau sombre : la croissance mondiale devrait chuter à 2,5 %, son plus bas niveau depuis la pandémie de Covid-19. La cause principale est la fermeture du détroit d'Ormuz, qui a fait bondir le prix du pétrole Brent à 94 dollars le baril en moyenne. Ce choc énergétique provoque une hausse des coûts de transport et de production, un regain d'inflation et un renchérissement des coûts d'emprunt qui frappent de plein fouet les économies en développement.

Des trajectoires divergentes au sein de la région

Ce contexte mondial contraste avec les signaux encourageants observés au printemps en Afrique de l'Ouest. En mai 2026, le Ghana officialisait la sortie de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, après des années d'ajustement. La Côte d'Ivoire, de son côté, multipliait les initiatives : le Premier ministre Beugré Mambé invitait les opérateurs économiques à l'Africa CEO Forum de Kigali à faire du pays une destination privilégiée, tandis qu'Abidjan lançait la troisième édition du salon des téléphones et applications mobiles, confirmant son ambition de structurer une filière numérique. Même le Sénégal, dont le répertoire touristique pointait encore les freins à la promotion internationale, misait sur un rebond du secteur.

L'illusion d'une reprise régionale

Ces bonnes nouvelles, pourtant réelles, risquent désormais d'être compromises par l'environnement externe. Le rapport de la Banque mondiale souligne que les économies en développement hors Chine et Inde auront traversé près d'une décennie sans réduire leur écart de revenu par habitant avec les économies avancées d'ici 2028. La flambée pétrolière actuelle aggrave ce phénomène : elle creuse les déficits commerciaux des pays importateurs de pétrole – la quasi-totalité de la région, à l'exception du Nigeria et du Ghana – et augmente le coût des subventions énergétiques, déjà lourdes pour les finances publiques.

Des vulnérabilités structurelles exacerbées

Pour les pays ouest-africains, le choc actuel révèle des fragilités persistantes. Le Sénégal, qui misait sur le tourisme et les hydrocarbures, voit ses perspectives assombries par la hausse des coûts de transport. La Côte d'Ivoire, malgré ses efforts d'attractivité, doit faire face à un renchérissement du crédit qui pourrait freiner les investissements privés. Quant au Ghana, sa sortie du programme FMI coïncide avec un nouveau choc qui testera la solidité de ses réformes. Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a promis des liquidités supplémentaires et des garanties, mais chaque pays devra adapter sa réponse à sa situation particulière.

Un défi commun : maintenir le cap des réformes

La Banque mondiale insiste sur la nécessité de protéger les populations tout en poursuivant les réformes structurelles. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela signifie maintenir l'effort de diversification économique, renforcer les filets sociaux face à la hausse des prix, et ne pas céder à la tentation du protectionnisme. La Côte d'Ivoire, par exemple, pourrait utiliser le salon des applications mobiles pour accélérer la digitalisation de l'économie, un levier de productivité bienvenu. Le Sénégal, de son côté, doit accélérer la mise en exploitation de ses ressources gazières pour alléger sa dépendance pétrolière.

L'épée de Damoclès du Moyen-Orient

Le conflit au Moyen-Orient et la fermeture d'Ormuz restent l'inconnue majeure. Si la situation se prolonge, les prix du pétrole pourraient rester élevés, alimentant une stagflation mondiale. Les économies ouest-africaines, encore convalescentes après la pandémie, n'ont pas les marges de manœuvre budgétaires pour y faire face seules. La coopération régionale et l'appui des institutions financières internationales seront décisifs pour éviter une nouvelle décennie perdue.

Le choc pétrolier actuel rappelle brutalement l'interdépendance entre la stabilité du Moyen-Orient et les perspectives de développement de l'Afrique de l'Ouest. Au-delà de l'urgence, il souligne l'impératif pour la région d'accélérer sa transition énergétique et de renforcer ses mécanismes de résilience collective. Car si la conjoncture mondiale dicte souvent le rythme, la capacité à transformer les crises en opportunités de réforme reste la clé d'une croissance durable.