Les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale se sont tenues sous le signe d'une dégradation des perspectives mondiales, liée au conflit au Moyen-Orient et au blocus du détroit d'Ormuz. Pour les économies de l'UEMOA, cette situation ranime le risque d'une inflation importée, déjà expérimentée lors de la guerre en Ukraine. L'asymétrie entre pays producteurs et importateurs de pétrole au sein de la région pourrait se creuser, exposant les fragilités structurelles de l'intégration économique ouest-africaine.
Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient et le blocus du détroit d'Ormuz, par où transite plus de 20 % du pétrole mondial, plongent l'économie mondiale dans une nouvelle zone de turbulences. Lors des réunions de printemps 2026 à Washington, le FMI a revu à la baisse ses projections de croissance pour la plupart des régions, tandis que les tensions inflationnistes réapparaissent. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette crise intervient alors que les effets de la guerre en Ukraine commençaient tout juste à s'atténuer, avec une inflation qui restait encore élevée dans plusieurs pays de l'UEMOA.
Le choc pétrolier affecte la région de manière contrastée. D'un côté, le Nigeria, premier producteur africain de brut, pourrait bénéficier de la flambée des cours, mais la contrebande et les subventions compliquent la transmission à son économie réelle. De l'autre, les huit pays de l'UEMOA sont quasiment tous importateurs nets d'hydrocarbures. Le Sénégal, qui espérait tirer parti de ses récentes découvertes gazières, n'a pas encore atteint l'autosuffisance pétrolière. La hausse des prix du pétrole renchérit donc directement le coût du transport, de l'électricité et des intrants agricoles, alimentant une spirale inflationniste.
Au-delà de l'énergie, ce sont les chaînes d'approvisionnement mondiales qui sont menacées. Le blocus d'Ormuz perturbe le commerce maritime, ce qui pourrait renchérir les importations de biens manufacturés et de denrées alimentaires. Or, l'UEMOA dépend fortement des marchés extérieurs pour son alimentation, notamment le blé, le riz et le maïs. Les ratés logistiques observés depuis la guerre en Ukraine avaient déjà fragilisé la sécurité alimentaire ; une répétition de ce scénario serait d'autant plus dommageable que les réserves de change de la BCEAO sont sous pression.
Les perspectives de croissance pour 2026-2027, que la Banque mondiale estimait favorables pour sept pays africains, sont désormais compromises par l'incertitude mondiale. Les économies de l'UEMOA, déjà confrontées à des déficits budgétaires élevés et à un endettement croissant, voient leur marge de manœuvre se réduire. La BCEAO, qui avait amorcé un assouplissement monétaire pour soutenir l'activité, pourrait être contrainte de maintenir des taux élevés pour contenir l'inflation, au détriment de l'investissement.
Cette nouvelle donne exacerbe les fragilités structurelles de la région : faible diversification économique, dépendance aux matières premières et vulnérabilité climatique. Elle pose aussi la question de la résilience des mécanismes régionaux, comme la solidarité financière au sein de l'UEMOA, face à des chocs asymétriques.
Plus qu'une simple péripétie conjoncturelle, la crise actuelle révèle les limites d'un modèle de développement fondé sur une intégration économique incomplète. La région devra, à terme, accélérer sa diversification énergétique et productive pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures et aux importations alimentaires, condition essentielle pour absorber les chocs extérieurs à venir.