Le Mali a dévoilé le 10 juin 2026 son cadre budgétaire et économique pluriannuel 2027-2029, tablant sur une croissance moyenne de 6,5% par an. Ce chiffre ambitieux repose sur l'amélioration de la sécurité, la hausse des cours de l'or et du lithium, et un renforcement du recouvrement fiscal. Mais à l'heure où des mines artisanales explosent et où les attaques djihadistes perturbent les approvisionnements, ce scénario reste suspendu à une stabilisation encore fragile.

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Le gouvernement malien a adopté, le 10 juin 2026, le Document de programmation budgétaire et économique (DPBEP) 2027-2029, qui fixe un cap de croissance annuelle moyenne de 6,5%. Ce chiffre tranche avec les 4,9% enregistrés en 2025, un ralentissement lié à une baisse de la production aurifère et à des perturbations dans les approvisionnements en carburant au quatrième trimestre, provoquées par des attaques terroristes. L'ambition est donc de retrouver une dynamique plus soutenue, appuyée sur trois piliers : l'amélioration de la situation sécuritaire, la poursuite des réformes structurelles et l'augmentation des recettes domestiques.

Des hypothèses macroéconomiques sous tension

Les projections du DPBEP s'appuient sur un scénario de normalisation progressive. Le gouvernement anticipe un taux de pression fiscale passant de 13,9% du PIB en 2027 à 15,1% en 2029, contre une moyenne de 14,6% sur la période. Parallèlement, le déficit budgétaire doit rester sous la barre des 3% du PIB, conformément aux critères de convergence de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le coût total des programmes gouvernementaux sur la période est estimé à 4 380 milliards de FCFA en moyenne par an, soit environ 7,7 milliards de dollars.

L'or et le lithium comme moteurs

La croissance attendue repose largement sur le secteur minier. Les cours élevés de l'or et la montée en puissance du lithium, dont le Mali détient l'un des plus grands gisements mondiaux inexploités (Goulamina), sont censés compenser les recettes fiscales encore modestes. Mais ce pari est risqué : en mai 2026, un lycéen a été tué par l'explosion d'une mine artisanale dans la forêt du Baoulé, illustrant les défis de la régulation du secteur. Par ailleurs, les attaques contre les sites miniers et les axes logistiques restent fréquentes, comme en témoigne le bombardement de Kidal mi-mai.

Une fenêtre sécuritaire encore étroite

Le rebond économique malien est conditionné à une amélioration durable de la sécurité. Les discussions de mai 2026 entre le ministre de l'Agriculture et la Société financière internationale (IFC) sur le financement agricole suggèrent que Bamako cherche à diversifier son économie, mais les incidents sécuritaires continuent de peser. Les frappes aériennes récentes dans le nord et les attaques de convois rappellent que le territoire reste fragmenté. Dans ce contexte, la prévision de 6,5% de croissance relève autant d'un objectif politique que d'une projection économique.

Un cadre cohérent avec les objectifs de long terme

Le DPBEP s'inscrit dans la vision "Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma" et la Stratégie nationale pour l'émergence et le développement durable 2024-2033. Ces documents cadres ambitionnent de transformer structurellement l'économie, encore très dépendante de l'agriculture pluviale et des matières premières. Le gouvernement parie sur une hausse des recettes fiscales sans étouffer l'activité, un équilibre délicat dans un pays où le secteur informel représente une part prépondérante de l'économie.

Sur le plan régional, le Mali reste sous le coup des sanctions de la CEDEAO depuis le putsch de 2020, bien que partiellement levées. Le respect des critères de l'UEMOA est donc crucial pour maintenir la confiance des donateurs et l'accès aux marchés financiers. Les autorités espèrent que l'amélioration de la collecte fiscale réduira la dépendance aux financements extérieurs, mais le chemin est long.

La trajectoire de croissance affichée par Bamako est cohérente avec ses ambitions de développement, mais elle dépend de variables encore incertaines : la sécurité, les cours mondiaux des matières premières et la capacité à réformer la fiscalité. Dans un Sahel où l'insécurité et les chocs exogènes restent la norme, le Mali devra démontrer sa résilience au-delà des chiffres sur le papier. La question est désormais de savoir si les réformes engagées pourront transformer cette ambition en réalité tangible pour la population.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 4.9% (FMI)