Le 12 juin 2026, le ministre Adama Coulibaly a présenté aux députés le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029, avec une prévision de croissance moyenne de 6,8 %. Ce débat d’orientation budgétaire, désormais ancré dans la pratique institutionnelle, vise à consolider la crédibilité de la politique économique ivoirienne dans un contexte régional marqué par la sortie du Ghana du programme FMI et les incertitudes internationales. Il révèle la volonté d’Abidjan de maintenir son leadership ouest-africain par une gouvernance macroéconomique rigoureuse.

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Un exercice de transparence devenu rituel

Le débat d’orientation budgétaire, tenu chaque année devant l’Assemblée nationale, n’est plus une simple formalité. Comme l’a souligné Karim Ouattara, président de la Commission des affaires économiques et financières, cet exercice « renforce la démocratie participative » en permettant aux parlementaires d’émettre des avis sur les projections macroéconomiques. En précisant les grandes lignes de la programmation 2027-2029, le gouvernement cherche à ancrer la prévisibilité de sa politique budgétaire, gage de confiance pour les investisseurs. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des efforts de transparence salués par les institutions de Bretton Woods.

Un cap de croissance ambitieux dans un environnement régional contrasté

La prévision de 6,8 % de croissance annuelle moyenne sur la période 2027-2029 confirme la résilience de l’économie ivoirienne, portée par les investissements dans les infrastructures, l’agro-industrie et le numérique. Ce chiffre intervient alors que le Ghana, principal rival régional, vient de conclure son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, officialisant sa sortie d’une assistance financière d’urgence. Cette sortie, annoncée le 15 mai 2026, marque un tournant : Accra tente désormais de restaurer sa crédibilité budgétaire, tandis qu’Abidjan capitalise sur une stabilité relative pour attirer les capitaux. Le débat budgétaire ivoirien envoie ainsi un signal de maturité institutionnelle aux marchés.

Les priorités sectorielles au service de la transformation structurelle

Derrière les chiffres macroéconomiques, le DPBEP 2027-2029 reflète des choix stratégiques. La Côte d’Ivoire mise sur la consolidation de son statut de hub numérique ouest-africain, comme en témoigne le lancement de la troisième édition du salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan en mai 2026. Parallèlement, le pays poursuit sa stratégie d’attraction des investissements directs étrangers, illustrée par l’appel lancé par le Premier ministre Beugré Mambé lors de l’Africa CEO Forum de Kigali en mai 2026. Le débat budgétaire constitue la traduction fiscale de ces ambitions : il doit garantir des finances publiques saines pour financer les projets sans compromettre la soutenabilité de la dette.

Les défis d’une croissance inclusive

Toutefois, maintenir une croissance de près de 7 % dans un contexte de resserrement des conditions financières mondiales et de tensions sur les matières premières ne va pas de soi. L’inflation, bien que maîtrisée en zone UEMOA, pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Le gouvernement devra conjuguer rigueur budgétaire et dépenses sociales, tout en poursuivant la réforme de la fonction publique et la digitalisation des services. Le débat parlementaire a permis aux élus de soulever ces préoccupations, montrant que l’exercice n’est pas un simple affichage.

En détaillant ses priorités pour 2027-2029, la Côte d’Ivoire entend démontrer que la planification budgétaire peut être un instrument de crédibilité dans un environnement régional instable. Alors que le Ghana sort difficilement du FMI et que les économies de la zone peinent à diversifier leurs sources de croissance, Abidjan mise sur la prévisibilité et le dialogue institutionnel. Reste à savoir si ce cap ambitieux pourra être tenu sans dérapage social ou budgétaire.