Le 23 juillet 2026, Bamako a accueilli la 4ème session de la grande commission mixte de coopération Mali-Maroc, doublée d’un forum d’affaires. Cet événement, marqué par la signature d’accords économiques, intervient dans un contexte ouest-africain troublé par la récente crise politique sénégalaise. Il illustre la recomposition des partenariats régionaux, où Rabat renforce son ancrage sahélien tandis que les pays de la CEDEAO cherchent de nouvelles voies de coopération.

Une coopération bilatérale en pleine accélération

Le Forum d'affaires Mali-Maroc, tenu le 23 juillet 2026 à Bamako, s'est ouvert sous la coprésidence des ministres de l'Industrie et du Commerce des deux pays, Moussa Alassane Diallo et Ryad Mezzour. En marge de la 4ème session de la grande commission mixte, les discussions ont porté sur le renforcement des infrastructures, la création de valeur ajoutée locale sur les matières premières et le développement des échanges commerciaux. La signature d'accords de partenariat économique a concrétisé les ambitions affichées, avec une participation massive des opérateurs économiques. Ce forum n'est pas un événement isolé : il s'inscrit dans une dynamique où le Maroc, sous l'impulsion de Mohammed VI, multiplie les initiatives vers l'Afrique subsaharienne.

Le contexte régional : instabilité politique et quête de diversification

Pour comprendre la portée de ce forum, il faut le replacer dans le contexte ouest-africain de 2026. Au Sénégal, le limogeage d'Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye en mai 2026 a provoqué un séisme politique aux répercussions économiques immédiates. La nomination d'Ahmadou Al Aminou Mouhamed Lô au poste de Premier ministre n'a pas suffi à rassurer les investisseurs, et l'incertitude pèse sur la croissance sénégalaise. Parallèlement, le Mali, sous sanctions de la CEDEAO depuis le coup d'État de 2020, poursuit son isolement politique tout en cherchant des partenaires alternatifs. Le Maroc apparaît comme un allié de choix : stable, géographiquement proche, et doté d'une capacité d'investissement dans les infrastructures.

L’axe Bamako-Rabat : un contrepoids à la CEDEAO ?

L'insistance des discours officiels sur le développement de « l'axe Bamako-Rabat » est révélatrice. Elle suggère une volonté de contourner les mécanismes traditionnels d'intégration régionale que sont la CEDEAO et l'UEMOA. Pour le Mali, cet axe offre une bouée économique : accès aux marchés nord-africains, financements marocains, et partenariats industriels. Pour le Maroc, c'est l'occasion de consolider son influence dans le Sahel, face à la concurrence de l'Algérie et aux incertitudes politiques sahéliennes. Mais ce rapprochement a des conséquences pour les pays voisins, notamment le Sénégal.

Les enjeux pour le Sénégal : entre opportunité et marginalisation

Le Sénégal, traditionnellement un hub régional, voit ses liens économiques avec le Mali menacés. Les échanges commerciaux entre Dakar et Bamako, déjà perturbés par la fermeture des frontières lors des sanctions, pourraient encore diminuer si le Mali privilégie le corridor nord. En outre, les investissements marocains, qui auraient pu se diriger vers le Sénégal, risquent d'être captés par le Mali, notamment dans les secteurs des infrastructures et de l'agro-industrie. Cependant, Dakar entretient également des relations solides avec Rabat. Le Sénégal pourrait tirer parti de ce forum pour renforcer sa propre coopération avec le Maroc, en misant sur sa stabilité politique relative et son ouverture économique. La question est de savoir si le gouvernement actuel, fragilisé, aura la capacité de saisir cette opportunité.

Une dynamique régionale en recomposition

Au-delà du cas bilatéral, le forum de Bamako s'inscrit dans une tendance plus large : la multiplication des partenariats bilatéraux en marge des blocs régionaux. Le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Sénégal eux-mêmes négocient des accords directs avec des puissances extra-africaines (États-Unis, Chine, France). Cette fragmentation des alliances économiques pose la question de l'avenir de l'intégration régionale ouest-africaine. Si chaque pays cherche des solutions individuelles, les objectifs de convergence macroéconomique et de libre-échange risquent de s'éloigner. La CEDEAO, déjà affaiblie par les départs et les tensions, devra réinventer sa raison d'être.

En conclusion, le forum d'affaires Mali-Maroc est un symptôme des nouvelles dynamiques qui traversent l'Afrique de l'Ouest. Pour le Sénégal, il représente à la fois un défi et une incitation à repenser sa stratégie régionale. Dans un environnement où les alliances traditionnelles se fissurent, les pays devront faire preuve d'agilité pour ne pas être marginalisés. L'avenir de la coopération ouest-africaine se joue en partie dans ces rencontres bilatérales qui, discrètement, redessinent la carte économique du continent.

Le forum de Bamako n’est qu’un signal parmi d’autres d’une recomposition des équilibres économiques en Afrique de l’Ouest. Pour le Sénégal, il s’agit d’un appel à repenser sa stratégie de coopération régionale, dans un environnement où les alliances traditionnelles se fissurent et où de nouveaux pôles d’attraction émergent. L’avenir dira si Dakar parviendra à conjuguer stabilité interne et ouverture externe pour rester un acteur central de l’espace CEDEAO.