Ce mardi 23 juin 2026, les experts de l’Alliance des États du Sahel (AES) se réunissent à Ouagadougou pour élaborer un cadre commun de négociation avec la CEDEAO. Au même moment, le Mali prépare un forum économique avec le Maroc, révélant une double approche : tentative de normalisation régionale d’un côté, recours à un partenaire bilatéral dominant de l’autre. Ces deux rendez-vous illustrent les stratégies contrastées des pays sahéliens face à leur isolement économique.

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Une tentative de réintégration régionale sous conditions

L’atelier qui s’ouvre ce mardi à Ouagadougou marque une étape importante dans la relation entre l’AES et la CEDEAO. Depuis le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger en janvier 2025, les échanges institutionnels étaient au point mort. La nomination en mars 2026 de l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme négociateur en chef par la CEDEAO a rouvert un canal de dialogue. Sa rencontre avec le capitaine Ibrahim Traoré, puis les discussions ministérielles d’avril à Lomé, ont préparé le terrain pour cet atelier de trois jours.

Les participants doivent se mettre d’accord sur les priorités stratégiques à défendre lors des futures consultations. Les sujets abordés — libre circulation, coopération économique, sécurité régionale — sont autant de points de friction potentiels. Si la CEDEAO a maintenu une certaine coopération technique via le GIABA et la BIDC, la question du retour des trois pays dans le giron communautaire reste ouverte. L’AES semble vouloir négocier un statut particulier, qui préserverait sa souveraineté tout en bénéficiant des avantages de l’intégration régionale.

Le Mali, entre dépendance et recherche de partenaires alternatifs

En parallèle, le Mali accélère son rapprochement avec le Maroc. Le forum économique prévu en juillet à Bamako s’annonce comme un test de la capacité du pays à attirer des investissements dans un contexte sécuritaire dégradé. La visite du ministre marocain Nasser Bourita a scellé un partenariat qui ne va pas sans créer des déséquilibres. Avec 72% des exportations marocaines contre 28% dans l’autre sens, la balance commerciale est très favorable à Rabat.

Le secteur agricole est particulièrement concerné : l’accord avec OCP Africa pour la fourniture d’engrais pourrait améliorer les rendements, mais expose les paysans maliens à une dépendance aux intrants importés. Dans les services, les banques marocaines contrôlent déjà près de 40% du secteur bancaire malien, et les opérateurs télécoms marocains dominent le marché. Le volet éducatif, avec 500 bourses annuelles, s’inscrit dans une stratégie d’influence à long terme.

Deux voies pour un même objectif : sortir de l’isolement

Ces deux initiatives, bien que distinctes, répondent à un même impératif : trouver des débouchés économiques après la rupture avec la CEDEAO. Le retrait de l’organisation régionale a privé les pays sahéliens de l’accès à des marchés plus vastes et à des mécanismes de financement. La crise sécuritaire, qui s’est aggravée depuis 2025, a encore réduit leur attractivité.

Le choix du Maroc comme partenaire privilégié n’est pas anodin. Rabat cherche à étendre son influence en Afrique de l’Ouest, et le vide laissé par la France offre une opportunité. Mais cette relation asymétrique interroge sur la marge de manœuvre réelle du Mali. L’atelier de l’AES, en revanche, semble viser une réintégration négociée, qui préserverait une certaine autonomie.

Une évolution temporelle à ne pas sous-estimer

Depuis les premiers signes de rapprochement début 2026, les positions ont évolué. Les sources brutes indiquent qu’en mai, une mobilisation à Tillabéri au Niger soulignait les tensions locales. En juin, les consultations avec le FMI sur le projet Simandou en Guinée montrent que les pays sahéliens cherchent aussi à diversifier leurs partenaires économiques. L’atelier de Ouagadougou s’inscrit dans cette dynamique de repositionnement.

Le calendrier est serré : la réunion de l’AES en juin et le forum Mali-Maroc en juillet sont deux tests de crédibilité. Leur issue déterminera en partie la capacité des régimes sahéliens à conjuguer souveraineté politique et viabilité économique.

Au-delà de ces deux rendez-vous, c’est toute la stratégie de développement du Sahel qui se dessine : une intégration régionale sous conditions, combinée à des partenariats bilatéraux souvent déséquilibrés. L’équilibre entre souveraineté et dépendance reste à trouver, alors que la pression sécuritaire et économique ne faiblit pas.