Alors que la BRVM enregistre en 2025 un volume de transactions record de 248 millions de titres, signe d'une liquidité croissante, l'exécution des investissements publics en Afrique de l'Ouest demeure structurellement lente, comme l'illustre le Congo avec un taux de 12,7% au premier trimestre 2026. Ce contraste interroge la capacité de la région à transformer l'abondance financière en développement concret. Entre engouement des investisseurs et inertie budgétaire, le financement du développement révèle ses paradoxes.

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Le 14 août 2026, l'économie ouest-africaine présente un visage contrasté. D'un côté, la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) affiche une santé éclatante : après une décennie marquée par une volatilité extrême, le volume annuel de transactions a atteint un record historique de 248 millions de titres en 2025. Cette performance, portée par la digitalisation des ordres et l'arrivée de nouveaux investisseurs particuliers via les solutions mobiles, succède à une phase de contraction sévère (-75% entre 2017 et 2020) puis à une relance timide en 2021-2022. De l'autre côté, l'exécution des investissements publics dans la région reste problématique : au Congo, les dépenses d'investissement n'ont été réalisées qu'à hauteur de 12,7% des prévisions annuelles à fin mars 2026, avec des secteurs entiers à l'arrêt, comme l'énergie et l'hydraulique (0,7% d'exécution). Ce décalage entre la vigueur des marchés financiers et la lenteur de la mise en œuvre des projets interroge la pertinence des mécanismes actuels de financement du développement.

Cette situation n'est pas propre au Congo. Elle reflète une tendance régionale où les gouvernements, y compris en Côte d'Ivoire et au Sénégal, peinent à transformer les ressources mobilisées en infrastructures et services. Le lancement récent du Plan National de Développement (PND) 2026-2030 de la Côte d'Ivoire, visant à mobiliser 11 138 milliards FCFA, illustre l'ampleur des besoins. Mais l'expérience des exercices précédents montre que l'absorption de ces fonds est un défi majeur. Ce phénomène s'explique par des facteurs structurels : capacités administratives limitées, lenteur des procédures de passation des marchés, et une tendance à privilégier les dépenses courantes (notamment de personnel) au détriment de l'investissement productif, comme le souligne le rapport congolais.

La liquidité croissante de la BRVM pourrait offrir une opportunité inédite pour financer le développement. L'afflux d'investisseurs particuliers, attirés par les fractionnements d'actions et la digitalisation, traduit une démocratisation de l'accès aux marchés financiers. Cette évolution, couplée à la reconnaissance internationale de la Côte d'Ivoire par GlobalCapital, témoigne d'une confiance accrue dans les instruments financiers de la région. Cependant, cette abondance de capitaux ne garantit pas leur utilisation efficace. Le faible taux d'exécution des investissements publics suggère que les États peinent à absorber ces financements, qu'ils soient internes ou externes. Au Congo, la quasi-parité entre ressources propres (11,7% d'exécution) et ressources extérieures (13,9%) souligne une dépendance persistante à l'aide, mais aussi une incapacité à accélérer les projets.

L'intégration régionale, via la CEDEAO, pourrait jouer un rôle clé dans ce contexte. La Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), récemment renforcée par l'entrée de la Banque africaine de développement à son capital, a pour mission de financer des projets structurants. Mais là encore, l'efficacité de ces institutions dépend de leur capacité à accompagner les États dans la mise en œuvre. Par ailleurs, la montée en puissance de solutions fintech, comme Kappa Pay qui a levé 20 millions de dollars pour les paiements transfrontaliers, pourrait faciliter la circulation des fonds et améliorer la traçabilité des dépenses. Ces innovations pourraient contribuer à réduire les délais d'exécution et à renforcer la transparence.

L'économie sénégalaise, en croissance soutenue, et la Côte d'Ivoire, locomotive régionale, sont particulièrement attendues sur ce front. Leurs marchés obligataires, de plus en plus actifs, offrent des ressources considérables, mais l'impact sur le développement dépendra de la qualité de l'investissement public. La récente distinction de la Côte d'Ivoire par GlobalCapital pour ses émissions obligataires est un signal positif, mais elle ne doit pas masquer les défis de l'exécution. Les données du Congo, bien que non exhaustives, donnent un aperçu des difficultés rencontrées à l'échelle régionale.

En définitive, le paradoxe entre liquidité financière et inertie budgétaire met en lumière un enjeu crucial pour l'Afrique de l'Ouest : la capacité à convertir l'épargne en capital productif. Alors que les marchés financiers se développent et attirent de nouveaux acteurs, les gouvernements doivent moderniser leurs administrations et leurs procédures pour absorber ces ressources. La digitalisation, qui a révolutionné la BRVM, pourrait également transformer la gestion des finances publiques, mais cela nécessite une volonté politique et des réformes structurelles. L'avenir du financement du développement en Afrique de l'Ouest se jouera moins sur la mobilisation que sur l'exécution.

Ce décalage entre la vigueur des marchés financiers et la lenteur de l'investissement public n'est pas qu'un problème technique ; il révèle une mutation profonde des économies ouest-africaines, où la finance se mondialise et se digitalise plus vite que les institutions publiques ne se réforment. La question n'est plus seulement de savoir comment attirer des capitaux, mais comment les transformer en infrastructures, en éducation, en santé. Alors que la région s'engage dans des programmes ambitieux comme le PND ivoirien, la capacité d'exécution devient le facteur limitant. Les innovations financières et institutionnelles, qu'elles viennent des banques régionales ou des fintechs, pourraient offrir des pistes, mais leur impact dépendra de la volonté des États à repenser leur gestion. L'Afrique de l'Ouest se trouve à un carrefour : la liquidité abonde, mais le développement se construit dans la durée, à coups de projets réalisés, pas de promesses financières.