L'intelligence artificielle générative bouleverse les industries créatives en Afrique de l'Ouest, mais le cadre juridique reste largement inadapté. L'affaire survenue au Burkina Faso en 2025 a relancé le débat sur la titularité des œuvres créées par des machines et sur la protection des créateurs locaux. Alors que la région s'intègre économiquement, cette question devient un enjeu majeur pour l'avenir de sa production culturelle.
Le vide juridique qui fragilise les créateurs
L'IA générative bouleverse les industries créatives ouest-africaines, mais les lois n'ont pas suivi. Le cas burkinabè de 2025 illustre une impasse régionale.
Les lois nationales n'ont pas été conçues pour répondre aux questions de paternité des œuvres générées par machine.
Musiciens, écrivains, journalistes et artistes voient leurs pratiques transformées — et menacées — par des outils comme ChatGPT, Midjourney ou Suno.
Les législations nationales, souvent héritées des systèmes coloniaux, n'ont pas été conçues pour répondre à ces défis.
Selon le FMI, le Burkina Faso affiche une croissance de 5,0 %. Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant s'élève à 1 148 USD. Ces fondamentaux contrastent avec l'urgence d'adapter le cadre juridique aux réalités de l'IA.
L'absence de jurisprudence claire dans la plupart des pays de la région est un frein majeur à la protection des créateurs.
Un débat juridique naissant
L'essor de l'intelligence artificielle générative, porté par des outils comme ChatGPT, Midjourney ou Suno, a fait irruption dans le paysage créatif ouest-africain. Musiciens, écrivains, journalistes et artistes visuels voient leurs pratiques transformées, mais aussi menacées par la capacité de ces systèmes à produire des contenus en quelques secondes. La question centrale est désormais celle de la paternité : qui peut revendiquer la qualité d'auteur d'une œuvre générée avec l'aide d'une machine ?
Au Burkina Faso, un cas survenu en 2025 a cristallisé les tensions. Un créateur local a découvert qu'une œuvre générée par IA, inspirée de ses propres créations, était commercialisée sans son consentement. L'affaire, révélée par l'expert burkinabè Steve Tassembedo, a mis en lumière l'absence de jurisprudence claire dans la plupart des pays de la région. Les législations nationales, souvent héritées des systèmes coloniaux, n'ont pas été conçues pour répondre à ces nouveaux défis.
Le vide juridique et ses conséquences
En l'absence de cadre spécifique, les tribunaux ouest-africains se trouvent démunis face aux litiges liés à l'IA. Les textes existants, comme la loi burkinabè sur la propriété littéraire et artistique, exigent une intervention humaine substantielle pour reconnaître un droit d'auteur. Or, les œuvres générées par IA posent la question de savoir si un simple prompt (commande textuelle) suffit à conférer un statut d'auteur. Cette incertitude freine l'innovation et expose les créateurs à des exploitations abusives.
Les données d'entraînement des modèles d'IA constituent un autre angle mort. Les œuvres de musiciens, d'écrivains ou d'artistes ouest-africains peuvent être utilisées sans autorisation pour entraîner des algorithmes, sans aucune compensation. Steve Tassembedo souligne que cela représente une menace directe pour le patrimoine culturel africain, souvent récupéré et décontextualisé par des acteurs étrangers.
Un enjeu régional et d'intégration
La question dépasse les frontières nationales. L'économie Sénégal croissance 1 septembre 2026, tout comme l'économie Côte d'Ivoire croissance 1 septembre 2026, dépend de plus en plus des industries créatives et numériques. Les deux pays, moteurs de la CEDEAO économie intégration régionale, doivent harmoniser leurs positions pour éviter que les créateurs ne soient lésés. L'Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), qui regroupe plusieurs États d'Afrique de l'Ouest, a entamé une réflexion sur le sujet, mais aucune directive contraignante n'a encore vu le jour.
Le retard juridique contraste avec l'adoption rapide des technologies par les jeunes créateurs. Au Sénégal, des start-ups utilisent l'IA pour produire des contenus marketing, tandis qu'en Côte d'Ivoire, des studios d'animation expérimentent la génération de scripts. Cette effervescence pourrait être un atout si un cadre clair voyait le jour, mais elle risque de se heurter à des contentieux coûteux et décourageants.
Vers une prise de conscience régionale
Les États de la région commencent à prendre la mesure du problème. Des ateliers de sensibilisation ont été organisés à Dakar et Abidjan, rassemblant juristes, artistes et experts techniques. La société civile plaide pour une adaptation des lois nationales, inspirée des modèles européens ou américains, mais tenant compte des spécificités locales. La protection du patrimoine culturel est un argument récurrent : il ne s'agit pas seulement de droits économiques, mais aussi de souveraineté culturelle.
L'exemple burkinabè montre que les tribunaux peuvent être saisis, mais les décisions restent isolées. Une harmonisation régionale, via la CEDEAO ou l'UEMOA, serait plus efficace, mais elle suppose une volonté politique encore incertaine. En attendant, les créateurs ouest-africains évoluent dans un flou juridique qui les expose à des risques majeurs.
L'IA n'est pas une fatalité, mais un défi que l'Afrique de l'Ouest doit relever avec ses propres outils juridiques et culturels. La manière dont la région répondra à cette question déterminera sa capacité à protéger ses créateurs tout en tirant parti des opportunités technologiques. Le débat ne fait que commencer, et il ne se limite pas au droit d'auteur : il touche à la définition même de la créativité et de l'identité culturelle dans un monde numérique.