Dans un rapport publié en mai 2026, le Fonds monétaire international (FMI) dresse un constat sévère sur la gouvernance des entreprises publiques camerounaises. L'institution souligne que le maintien en fonction de dirigeants aux mandats expirés et l'absence d'organes de gouvernance fonctionnels retardent les restructurations et aggravent les pertes, fragilisant directement les finances publiques. Ces faiblesses persistent malgré l'adoption en 2017 d'une loi censée encadrer le secteur, révélant un fossé entre le cadre juridique et sa mise en œuvre effective.
Gouvernance des entreprises publiques camerounaises
Le FMI alerte sur un risque budgétaire persistant : mandats expirés, conseils inactifs, pertes qui fragilisent les finances publiques.
Malgré une loi adoptée en 2017, la gouvernance des entreprises publiques camerounaises reste défaillante. Le FMI alerte sur un risque budgétaire persistant, alimenté par des conseils inactifs et des mandats de direction expirés. Le fossé entre le cadre juridique et son application concrète fragilise les finances publiques.
Un diagnostic sans équivoque
Le FMI estime que les dysfonctionnements dans les sociétés d'État camerounaises constituent un vecteur de transmission des pertes vers le budget national. Selon l'institution, une surveillance insuffisante – due à des conseils d'administration inactifs ou incomplets et à des mandats de direction échus ou vacants – permet aux pertes financières de persister. En 2024, deux entreprises publiques ne disposaient d'aucun organe de gouvernance, tandis que plus de la moitié des postes de direction clés étaient occupés par des responsables en situation irrégulière.
Un cadre juridique déjà existant mais inefficace
La loi du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques camerounaises fixe pourtant des règles précises en matière de gouvernance et de durée des mandats. Mais le rapport note que dix entreprises publiques restent non conformes à ce cadre, malgré son entrée en vigueur depuis près de neuf ans. Ce décalage entre la règle et la pratique n'est pas propre au Cameroun : dans plusieurs pays de la zone CEMAC, les entreprises publiques échappent souvent à une supervision rigoureuse, faute de volonté politique ou de capacités administratives.
Des conséquences budgétaires directes
Les pertes des entreprises publiques se répercutent mécaniquement sur le budget de l'État, soit par des subventions directes, soit par des garanties de dettes. Dans un contexte où le Cameroun cherche à consolider ses finances après les chocs successifs de la pandémie et de la guerre en Ukraine, ces fuites budgétaires compromettent les objectifs de réduction du déficit. Le FMI rappelle que l'absence de restructurations rapides aggrave la situation, car les entreprises déficitaires continuent de s'endetter, transférant le risque au souverain.
Un problème régional plus large
Cette alerte intervient alors que d'autres économies de la région affichent des signes d'amélioration. Le Nigeria a vu sa note souveraine relevée par S&P en mai 2026, passant de B- à B avec perspectives stables, grâce à une meilleure gestion macroéconomique. La BRVM, de son côté, a enregistré une hausse de près de 2 % sur la semaine au 15 mai, portée par les valeurs bancaires comme NSIA. Ce contraste souligne que la gouvernance des entreprises publiques reste un maillon faible dans plusieurs pays d'Afrique centrale et de l'Ouest, susceptible de freiner la dynamique positive observée ailleurs.
Les remèdes préconisés par le FMI
Pour inverser la tendance, le FMI recommande de renouveler rapidement les conseils d'administration et de pourvoir les postes de direction vacants. Il insiste également sur la nécessité de restructurer les entreprises les plus déficitaires, quitte à les privatiser ou à les liquider. Mais ces mesures se heurtent à des résistances politiques et sociales, notamment dans un secteur où les emplois publics sont souvent utilisés comme outil de clientélisme.
Une fenêtre d'opportunité
Le Cameroun dispose d'une marge de manœuvre car le cadre juridique existe déjà. L'enjeu est désormais sa mise en œuvre effective. Le FMI semble estimer que le pays a les outils, mais pas la volonté de les utiliser. Cette situation n'est pas isolée : dans plusieurs pays de la CEDEAO et de la CEMAC, les lois de gouvernance des entreprises publiques restent lettre morte, faute de mécanismes de sanction et de transparence.
L'évolution depuis 2017
Depuis l'adoption de la loi de 2017, peu de progrès tangibles ont été enregistrés. Le rapport du FMI de 2026 montre que les mêmes problèmes persistent : mandats expirés, conseils inactifs, non-conformité. Cela indique que les réformes institutionnelles, sans accompagnement politique, ne suffisent pas. Le cas camerounais illustre les limites d'une approche purement législative dans des environnements où les pratiques informelles dominent.
L'alerte du FMI sur le Cameroun dépasse le cadre national : elle interroge la capacité des États africains à faire respecter leurs propres règles de gouvernance dans le secteur public. Alors que les marchés financiers régionaux (BRVM) et certaines économies (Nigeria) montrent des signes de résilience, la persistance de ces fragilités structurelles pourrait peser sur la notation souveraine et l'attractivité des investissements à long terme. La question reste ouverte : comment transformer les engagements juridiques en pratiques effectives ?