La Confédération Patronale Unique des PME de Côte d'Ivoire (CPU-PME) et l’Autorité de Régulation du Système de Récépissés d’Entreposage (ARRE) ont signé un mémorandum d’entente visant à faciliter l’accès au financement des petites et moyennes entreprises via le Système de Récépissés d’Entreposage (SRE). Cet accord, intervenu le 10 juin 2026 à Abidjan, s’inscrit dans une dynamique de structuration du financement des PME, pilier de l’industrialisation par le bas que le gouvernement ivoirien promeut. Il repose sur un mécanisme juridique existant depuis 2015 mais encore sous-exploité, et pourrait servir de modèle régional en Afrique de l’Ouest.
Récépissés d’entreposage : levier de financement des PME
La CPU-PME et l’ARRE signent un mémorandum pour activer le Système de Récépissés d’Entreposage (SRE), un outil juridique encore sous-exploité depuis 2015.
Loi n°2015-538
Création du Système de Récépissés d’Entreposage (SRE). Un cadre juridique pour utiliser les stocks comme garantie bancaire.
Démarrage timide
Premières expérimentations dans les filières café-cacao et coton. Adoption encore faible par les banques.
Création de l’ARRE
Autorité de Régulation du Système de Récépissés d’Entreposage. Mise en place d’un cadre de contrôle et d’agrément.
Mémorandum CPU-PME / ARRE
Partenariat pour massifier l’usage du SRE auprès des PME ivoiriennes. Objectif : faciliter l’accès au crédit sans garantie foncière.
- Le SRE permet aux PME de transformer leurs stocks en garantie bancaire via un récépissé négociable.
- Le mécanisme cible en priorité les filières agricoles (cacao, café, coton, anacarde).
- L’accord CPU-PME / ARRE vise à former les banques et les entrepôts agréés pour lever les freins opérationnels.
- La Côte d’Ivoire ambitionne d’exporter ce modèle dans la zone UEMOA.
Le financement des PME reste un défi majeur en Afrique de l’Ouest, où l’accès au crédit bancaire est souvent entravé par le manque de garanties tangibles. En Côte d’Ivoire, pays qui ambitionne de devenir un hub économique régional, ce frein pèse particulièrement sur les petites unités de transformation et de commercialisation, notamment dans les filières agricoles. Le partenariat signé entre la CPU-PME et l’ARRE entend apporter une réponse concrète à cette problématique en mobilisant le Système de Récépissés d’Entreposage (SRE), un instrument juridique instauré par la loi n°2015-538 du 20 juillet 2015.
Le SRE permet à un producteur, un transformateur ou un commerçant de déposer ses marchandises dans un entrepôt agréé et de recevoir un récépissé négociable. Ce document, reconnu comme un titre de propriété sur les biens stockés, peut être utilisé comme garantie auprès d’une institution financière pour obtenir un crédit. Le mécanisme est particulièrement adapté aux produits agricoles, dont la valeur peut être conservée et même augmentée par un stockage maîtrisé. En sécurisant le prêteur sur la qualité et la quantité des biens, le SRE réduit le risque de défaut et abaisse le coût du crédit pour les PME.
Le mémorandum d’entente entre la CPU-PME et l’ARRE vise à vulgariser cet outil auprès des PME et à former leurs dirigeants à son utilisation. Il prévoit également le déploiement d’infrastructures de stockage modernes, régulées et certifiées, condition nécessaire à la fiabilité des récépissés. « Aucune industrialisation sérieuse n’est possible sans une infrastructure logistique performante et un réseau dense d’entrepôts modernes et régulés », a souligné Diomandé Elias Farhakan, président de la CPU-PME, lors de la cérémonie de signature. L’ambition affichée est de créer un écosystème où la logistique, la finance et la production s’articulent pour renforcer les chaînes de valeur nationales et régionales.
Ce partenariat intervient dans un contexte régional où plusieurs pays de l’UEMOA et de la CEDEAO cherchent à moderniser leurs systèmes de financement agricole. Le Ghana, voisin de la Côte d’Ivoire, vient de sortir d’un programme du FMI (annonce officielle le 15 mai 2026) et pourrait chercher à diversifier ses sources de financement pour les PME. Par ailleurs, l’Africa CEO Forum tenu à Kigali en mai 2026 a vu le Premier ministre ivoirien Beugré Mambé inviter les opérateurs économiques à faire de la Côte d’Ivoire une « destination privilégiée » pour les investissements. Dans ce contexte de compétition régionale pour attirer les capitaux, la capacité d’un pays à offrir des garanties juridiques et logistiques solides devient un avantage comparatif.
L’adoption du SRE n’est toutefois pas sans défis. La mise en place d’entrepôts agréés selon les normes de l’ARRE nécessite des investissements importants, que les PME peinent souvent à supporter. La confiance des banques dans ce mécanisme reste à construire, d’autant que les procédures de contrôle et d’arbitrage en cas de litige doivent être éprouvées. Enfin, la coordination entre les acteurs – producteurs, stockeurs, financiers, régulateurs – est complexe. La CPU-PME, en tant que confédération patronale, joue ici un rôle de fédérateur et de facilitateur, mais sa capacité à mobiliser ses membres et à peser sur les politiques publiques sera déterminante.
Historiquement, la loi de 2015 sur les récépissés d’entreposage avait été adoptée sans produire d’effets notables dans les premières années. Ce n’est qu’à partir de 2020-2022, avec la montée en puissance de la digitalisation et la pression du secteur privé, que l’ARRE a commencé à agréer des entrepôts et à émettre des récépissés. Le partenariat de 2026 marque donc une accélération, fruit d’une maturation institutionnelle et d’une volonté politique renouvelée. Il s’inscrit par ailleurs dans une tendance régionale : le Bénin, le Burkina Faso et le Mali ont également introduit des systèmes similaires, mais avec des degrés de mise en œuvre variables.
Un possible modèle pour l’Afrique de l’Ouest ?
L’initiative ivoirienne pourrait inspirer d’autres pays de la zone UEMOA, où la libre circulation des marchandises et des capitaux est un objectif de long terme. Si le SRE est harmonisé et reconnu entre États membres, il pourrait faciliter le commerce transfrontalier et l’accès au crédit pour les PME de toute la région. La CPU-PME et l’ARRE prévoient d’ailleurs de partager leur expérience lors des prochaines rencontres de la Confédération Patronale Ouest-Africaine (CPOA). Toutefois, la réussite du dispositif dépendra de sa capacité à prouver son efficacité sur le terrain, par une réduction mesurable du coût du crédit et une augmentation des financements accordés aux PME.
La dimension temporelle de cette initiative est importante. Alors que la Côte d’Ivoire a connu une croissance soutenue ces dernières années, le tissu des PME reste fragile et peu capitalisé. Le recours aux récépissés d’entreposage ne résoudra pas à lui seul les problèmes de trésorerie et d’accès aux marchés, mais il constitue un levier concret et peu coûteux pour les pouvoirs publics. À l’heure où les bailleurs de fonds internationaux encouragent les instruments de financement innovants (stockage, chaînes de valeur, digitalisation), la Côte d’Ivoire semble avoir pris une longueur d’avance dans l’opérationnalisation de ce mécanisme.
La signature de ce mémorandum ne garantit pas encore un changement rapide, mais elle montre que les acteurs ivoiriens cherchent à transformer un cadre légal théorique en outil pratique de développement. Dans une région où l’accès au crédit reste l’un des principaux obstacles à l’essor des PME, l’expérience ivoirienne est à suivre de près. Réussira-t-elle à faire du récépissé d’entreposage un instrument aussi courant que le warrant ou le billet à ordre ? La réponse dépendra de la capacité des institutions à créer un écosystème de confiance autour de cet outil.