La Confédération Patronale Unique des PME de Côte d'Ivoire (CPU-PME.CI) et l'Autorité de Régulation du Système de Récépissés d'Entreposage (ARRE) ont renforcé leur partenariat pour développer le financement des PME par la valorisation des stocks. Cette mission de travail à Yamoussoukro vise à vulgariser un mécanisme encore peu utilisé mais prometteur. Dans un contexte où l'accès au crédit reste le principal frein à la croissance des petites entreprises en Afrique de l'Ouest, cette initiative s'inscrit dans une tendance régionale de recherche d'alternatives au crédit bancaire classique.
Récépissés d’entreposage : le nouveau levier pour les PME
La CPU-PME.CI et l’ARRE unissent leurs forces pour transformer les stocks en garanties bancaires. Un mécanisme encore sous-exploité mais prometteur pour les PME ivoiriennes.
Comment ça marche ?
Niveau de déploiement du récépissé d’entreposage
En bref
Contexte ouest-africain
Un mécanisme innovant pour lever le frein du collatéral
Le système de récépissés d'entreposage permet aux PME d'utiliser leurs stocks comme garantie pour obtenir des financements. Concrètement, un entrepôt agréé stocke les marchandises, émet un récépissé qui sert de titre de propriété, et la banque accorde un crédit sur cette base. Ce dispositif, bien connu dans les filières agricoles (cacao, café, coton), s'ouvre désormais à d'autres secteurs en Côte d'Ivoire.
La visite de la CPU-PME.CI sur le terrain visait à comprendre les infrastructures de l'ARRE et à rassurer les entrepreneurs sur la fiabilité du système. Comme l'a déclaré le président de la CPU-PME.CI, Dr Elias-Farakhan Moussa Diomandé, l'objectif est de « rapprocher cet outil stratégique des opérateurs économiques » dans toutes les régions.
Un contexte de crise de financement des PME en Afrique de l'Ouest
En Côte d'Ivoire, les PME représentent plus de 80 % des entreprises mais ne captent qu'environ 20 % du crédit bancaire. L'absence de garanties tangibles et l'asymétrie d'information expliquent cette défiance. Ce problème est structurel dans toute l'UEMOA, comme le montrent les difficultés récurrentes des PME sénégalaises ou burkinabè.
La Côte d'Ivoire, qui vise l'émergence en 2030, multiplie les initiatives pour fluidifier le financement. En mai 2026, le pays a accueilli l'Africa CEO Forum, où le Premier ministre a insisté sur le besoin d'innover dans le crédit aux PME. Parallèlement, la sortie du Ghana du programme FMI (également en mai 2026) a rappelé que les modèles traditionnels de financement public montrent leurs limites.
Une solution qui s'inscrit dans la digitalisation du secteur financier
Le mécanisme des récépissés s'appuie sur un registre numérique tenu par l'ARRE, ce qui réduit les risques de fraude et améliore la transparence. Cette digitalisation fait écho au développement des solutions mobiles en Côte d'Ivoire, comme en témoigne le salon des téléphones mobiles à Abidjan en mai 2026. Les fintechs pourraient jouer un rôle clé pour interconnecter les entrepôts, les banques et les PME via des plateformes intégrées.
Des défis à surmonter pour une adoption massive
Malgré son potentiel, le système reste méconnu des entrepreneurs ivoiriens. Les coûts de stockage, la qualité des entrepôts et la standardisation des contrats constituent des obstacles. De plus, les banques doivent former leurs agents à évaluer ce nouveau type de collatéral. L'ARRE, en tant que régulateur, devra garantir la crédibilité des récépissés pour éviter les abus.
Enfin, la question de la liquidité secondaire se pose : pour que ce marché soit efficace, il faudrait que les récépissés puissent être négociés ou refinancés auprès de la banque centrale. La BCEAO pourrait être amenée à jouer un rôle dans ce schéma, comme elle l'a fait pour les crédits agricoles.
Des précédents dans la région et perspectives
Au Ghana, un système similaire existe pour les produits de base, mais son essor a été freiné par la faiblesse des infrastructures logistiques. En revanche, en Côte d'Ivoire, l'État a investi dans des entrepôts certifiés, notamment pour le cacao. L'extension aux PME non agricoles est une première dans la zone UEMOA.
Cette initiative pourrait inspirer d'autres pays de la région. Le Sénégal, qui peine à financer ses TPE, ou le Burkina Faso, confronté à une crise sécuritaire affectant les chaînes de valeur, pourraient s'en inspirer. La CPU-PME.CI prévoit déjà des missions similaires dans toutes les régions de Côte d'Ivoire.
En rapprochant le financement des réalités des PME, la Côte d'Ivoire explore une voie originale qui pourrait transformer le paysage du crédit en Afrique de l'Ouest. Reste à voir si les banques traditionnelles accepteront de partager leur monopole avec ce nouveau mécanisme, et si les entrepreneurs adopteront massivement cette solution qui exige de changer leurs habitudes de gestion des stocks.