La Côte d'Ivoire confirme son leadership régional en matière d'Internet fixe avec un débit médian de 60,99 Mbps au premier semestre 2026, selon Ookla. Ce chiffre, le plus élevé d'Afrique de l'Ouest, illustre une dynamique de rattrapage numérique portée par la fibre optique. Mais les disparités entre pays et la comparaison avec l'Europe rappellent l'ampleur des défis à relever pour généraliser le très haut débit.

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Un leadership ivoirien révélateur d'une stratégie volontariste

L'étude d'Ookla basée sur Speedtest Intelligence place la Côte d'Ivoire en tête de six marchés africains étudiés, devant le Ghana (52,78 Mbps), le Gabon (42,25 Mbps), le Sénégal (38,55 Mbps) et le Nigeria (34,47 Mbps). Cette performance, en hausse de près de 28 % depuis 2023, n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte d'investissements soutenus dans les infrastructures, notamment le déploiement de la fibre optique et l'extension des réseaux 4G et 5G. Le nombre d'abonnés au haut débit fixe d'Orange a bondi de 39,4 % en un an pour atteindre 680 799 fin 2025, signe d'une demande croissante portée par la digitalisation de l'économie.

La couverture FTTP (fibre jusqu'au logement) estimée à 15 % reste modeste, mais la progression est tangible. Les débits les plus faibles se sont nettement améliorés, ce qui indique une réduction de la fracture numérique interne. Ce leadership s'inscrit dans une stratégie plus large de la Côte d'Ivoire pour devenir un hub numérique régional, comme en témoignent les investissements dans les data centers et les politiques d'incitation à la digitalisation des services publics.

Des écarts régionaux qui persistent, entre accélération et inertie

Le rapport d'Ookla, intitulé « Le chemin inégal vers la connectivité à haut débit en Afrique de l'Ouest », met en lumière des trajectoires contrastées. Le Sénégal, avec une couverture fibre de 35 à 40 % des logements, a vu son débit médian progresser de 78 % après la refonte du réseau résidentiel de Sonatel en février 2026, atteignant 38,55 Mbit/s. Cette avancée s'appuie sur le câble sous-marin 2Africa, qui a multiplié par plus de dix la capacité internationale, passant de 1 620 Gbit/s en 2024 à plus de 180 Tbit/s en 2026. Le Nigeria, marché le plus peuplé, affiche une croissance régulière avec un débit multiplié par 2,55 entre 2023 et 2026, mais reste à 34,47 Mbps.

Le Ghana, malgré 261 938 abonnés à la fibre fin 2025, ne représente que 0,8 % de sa population, soulignant un taux de pénétration faible. Le Togo, quant à lui, se distingue par des forfaits parmi les moins chers de la région, soutenus par une politique volontariste. Ces disparités s'expliquent par des différences de réglementation, de maturité des infrastructures et de coûts de déploiement, notamment dans les zones rurales. Les opérateurs doivent également composer avec les risques de sécurité et la concurrence croissante des solutions satellitaires, qui pourraient rebattre les cartes.

Un rattrapage prometteur, mais un retard structurel à combler

La comparaison avec l'Europe est éclairante : aux Pays-Bas, une connexion fibre peut atteindre 343,8 Mbps, soit 5,6 fois plus qu'en Côte d'Ivoire. Cet écart, bien que mesuré différemment, illustre la maturité des infrastructures européennes et l'ancienneté de leur déploiement. En Afrique de l'Ouest, la couverture FTTP reste embryonnaire, et la majorité des connexions reposent encore sur l'ADSL ou la 4G fixe. Le chemin vers le très haut débit pour tous est donc long, mais les progrès enregistrés en deux ans montrent une dynamique réelle, portée par des investissements privés et publics, ainsi que par des partenariats internationaux comme le câble 2Africa.

L'enjeu ne se limite pas à la vitesse : il s'agit de favoriser l'émergence d'une économie numérique compétitive, capable d'attirer les investissements et de stimuler l'innovation. Les data centers régionaux, les services financiers mobiles et le télétravail dépendent tous d'une connectivité fiable. La Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Nigeria sont en première ligne, mais la coopération régionale, notamment au sein de la CEDEAO, pourrait accélérer l'harmonisation des réglementations et le partage d'infrastructures. L'intégration régionale, déjà à l'œuvre dans les télécoms, est un levier essentiel pour mutualiser les coûts et étendre la couverture.

La course à la fibre optique en Afrique de l'Ouest est lancée, mais elle se joue à plusieurs vitesses. La Côte d'Ivoire a pris une longueur d'avance, suivie de près par le Sénégal et le Nigeria. Cependant, la généralisation du très haut débit reste un défi de taille, nécessitant des investissements massifs et une coopération régionale renforcée. L'arrivée de nouvelles technologies, comme les satellites en orbite basse, pourrait bouleverser les équilibres actuels et offrir des solutions aux zones les plus reculées. La question n'est plus de savoir si l'Afrique de l'Ouest rattrapera son retard, mais à quelle vitesse et au bénéfice de qui.