La Banque mondiale a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour l’Éthiopie en 2026, confirmant la résilience d’une économie pourtant marquée par des défis sécuritaires et climatiques. Ce dynamisme contraste avec le ralentissement observé dans plusieurs pays ouest-africains, où la fin des programmes d’urgence du FMI et la recherche de nouveaux leviers de croissance redessinent les priorités. Ce décalage interroge : les modèles économiques de l’Est et de l’Ouest africains suivent-ils des trajectoires divergentes ou complémentaires ?

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Une performance éthiopienne inattendue

L’Éthiopie affiche une croissance soutenue, portée par des investissements publics massifs dans les infrastructures, l’énergie et les zones industrielles. La Banque mondiale a relevé ses prévisions pour 2026, saluant une reprise plus rapide que prévu après plusieurs années de conflit interne et de chocs climatiques. Ce rebond s’appuie sur une stratégie de développement dirigiste, où l’État orchestre les grands projets et contrôle une partie du secteur financier. Le résultat : une expansion économique qui dépasse 8 % sur l’année, selon les estimations les plus récentes.

Des échos ouest-africains contrastés

À l’Ouest, le tableau est plus nuancé. Le Ghana vient de sortir officiellement de la Facilité élargie de crédit du FMI, marquant une étape dans l’assainissement de ses finances publiques, mais la croissance reste modérée autour de 4 %. La Côte d’Ivoire, lors du dernier Africa CEO Forum à Kigali, a multiplié les appels aux investisseurs pour diversifier son économie au-delà du cacao et du pétrole. Le Sénégal, de son côté, cherche à revitaliser son tourisme, un secteur clé mais fragilisé par la concurrence régionale. Ces pays misent sur le secteur privé et l’intégration régionale via l’UEMOA et la CEDEAO, contrastant avec le modèle éthiopien plus autocentré.

Un modèle à l’épreuve des réalités régionales

Les différences structurelles sont frappantes. L’Éthiopie, avec sa population de plus de 120 millions d’habitants, dispose d’un vaste marché intérieur et d’une main-d’œuvre abondante. Son industrialisation, soutenue par des partenaires comme la Chine, se concentre sur les textiles et l’agro-transformation. En Afrique de l’Ouest, les économies sont plus ouvertes, souvent dépendantes des exportations de matières premières et des flux de capitaux étrangers. Le Ghana et la Côte d’Ivoire, par exemple, subissent la volatilité des cours du cacao et de l’or. La fin du programme FMI ghanéen ouvre une nouvelle période de rigueur budgétaire, tandis que la Côte d’Ivoire cherche à consolider son statut de hub régional des services et du numérique.

Des trajectoires qui s’observent mutuellement

Malgré ces différences, des passerelles existent. L’Éthiopie pourrait s’inspirer de l’expérience ouest-africaine en matière de financement privé des infrastructures et de développement des marchés de capitaux. À l’inverse, les pays ouest-africains peuvent tirer des leçons de la capacité éthiopienne à maintenir une vision stratégique cohérente sur le long terme, malgré les aléas politiques. La montée en puissance du secteur technologique à Abidjan, symbolisée par le Salon du mobile, montre que l’innovation peut aussi être un moteur de rattrapage. Mais contrairement à l’Éthiopie, où l’État est l’acteur central, en Afrique de l’Ouest, ce sont souvent des écosystèmes privés qui impulsent le changement.

Un éclairage sur les dynamiques panafricaines

La performance éthiopienne rappelle que le continent africain n’est pas un bloc homogène. Les trajectoires de croissance divergent selon les choix politiques, les dotations en ressources et les alliances internationales. Alors que l’Afrique de l’Ouest privilégie l’intégration régionale et l’attractivité des capitaux, l’Éthiopie mise sur le volontarisme d’État et une industrialisation rapide. Ces deux voies ne sont pas exclusives, mais leur coexistence enrichit le débat sur les stratégies de développement. Dans un contexte global incertain, chaque sous-région explore ses propres solutions, et leurs interactions contribuent à redessiner la carte économique du continent.

L’envolée éthiopienne ne garantit pas un modèle universel, mais elle offre un point de comparaison précieux pour l’Afrique de l’Ouest. Alors que le Ghana sort du FMI et que la Côte d’Ivoire accélère sa diversification, la question n’est pas de choisir entre dirigisme et libéralisme, mais d’identifier les combinaisons qui fonctionnent dans chaque contexte. La croissance rapide de l’Éthiopie, malgré ses fragilités, montre qu’une vision claire et des investissements soutenus peuvent transformer une économie. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est peut-être de trouver un équilibre entre ouverture mondiale et résilience nationale, en tirant parti des leçons venues d’ailleurs.