Le 23 mai 2026, un centre de traitement post-récolte du cacao d'excellence ouvrait ses portes à Kessibo-Abrewankor, au Togo. Cette infrastructure, capable de produire 100 tonnes de cacao fin dès la première année, traduit une stratégie de différenciation par la qualité dans un pays dont la production modeste mais réputée cherche des débouchés plus rémunérateurs. L'ambition affichée est de conquérir les marchés de niche du cacao aromatisé, où les prix atteignent le double des cours ordinaires.

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Un outil pour valoriser une réputation déjà établie

Le Togo ne figure pas parmi les géants du cacao ouest-africain – sa production annuelle dépasse à peine 10 000 tonnes, loin des deux millions de la Côte d'Ivoire. Mais sa réputation à l'international tient à la qualité de ses fèves, souvent classées comme cacao fin. Le nouveau centre d'Abrewankor, piloté par le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC), vise à systématiser cette excellence en maîtrisant les étapes post-récolte : fermentation, séchage, stockage. L'objectif est de garantir une homogénéité et un profil gustatif répondant aux exigences des chocolatiers haut de gamme.

Une réponse à la demande croissante de cacao différencié

Le marché du cacao fin représente environ 5 à 7 % de la production mondiale, mais il offre des marges bien supérieures à celles du cacao standard. En se positionnant sur ce créneau, le Togo cherche à éviter la volatilité des cours du cacao de base, soumis aux fluctuations des marchés à terme. Le centre d'Abrewankor, avec sa capacité de 100 tonnes, est un premier pas. Deux autres sites sont déjà prévus à Blitta et Agou, ce qui portera la capacité totale à environ 300 tonnes par an, soit une part non négligeable de la production nationale.

Une stratégie cohérente avec la feuille de route gouvernementale

Cette inauguration s'inscrit dans une dynamique plus large. Le 5 mai, la « Maison du café, le terroir » ouvrait à Lomé, illustrant la volonté de valoriser les deux piliers de l'agriculture d'excellence togolaise : café et cacao. Le ministre de l'Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a salué l'initiative du CCFCC, en phase avec la feuille de route gouvernementale qui privilégie la transformation locale et la montée en gamme. Le secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, insiste sur la nécessité de préserver et d'améliorer la réputation du cacao togolais.

Un modèle pour les petits producteurs ouest-africains ?

Dans un espace CEDEAO dominé par le cacao ivoirien et ghanéen, l'approche togolaise interroge. Alors que ces grands producteurs luttent contre la déforestation et les bas prix, le Togo mise sur une niche exigeante mais rémunératrice. Le centre d'Abrewankor n'est pas seulement une infrastructure : il est un outil de développement local, promettant des revenus améliorés pour les producteurs et des emplois pour les jeunes et les femmes. Il matérialise la possibilité pour un petit État de tirer son épingle du jeu en misant sur la qualité plutôt que le volume.

Des défis à relever pour une ambition durable

Si le créneau du cacao d'excellence est porteur, il impose des contraintes strictes : traçabilité, certification biologique ou équitable, relations directes avec les acheteurs. Le Togo devra former ses agriculteurs aux bonnes pratiques post-récolte et investir dans la labellisation. La réussite de cette stratégie dépendra aussi de la capacité du CCFCC à coordonner l'ensemble de la filière et à attirer des partenaires internationaux. Les premiers résultats sont attendus dans un an, lorsque les 100 tonnes d'Abrewankor seront mises sur le marché.

À l'heure où la durabilité et la transparence deviennent des critères centraux pour l'industrie du chocolat, l'expérience togolaise pourrait inspirer d'autres petits producteurs de la région. Elle montre que la qualité, plus que le volume, peut être un levier de développement, à condition de s'appuyer sur des institutions solides et une vision de long terme. Reste à savoir si ce modèle, encore embryonnaire, saura se déployer à une échelle suffisante pour peser sur l'économie nationale.