Le Togo a inauguré le 2 juin 2026 un deuxième centre de traitement post-récolte dédié au cacao d'excellence, à Mpoti. L'initiative combine un prix d'achat garanti de 1400 FCFA/kg, indépendant des cours mondiaux, et un partenariat avec des chocolatiers français. Ce dispositif préfigure une transformation potentielle des relations commerciales dans la filière cacao en Afrique de l'Ouest.
Cacao d'excellence : le Togo mise sur le prix garanti
Deux centres de traitement post-récolte, un prix fixe de 1400 FCFA/kg, et un partenariat avec des chocolatiers français. Le dispositif préfigure une transformation des relations commerciales dans la filière cacao en Afrique de l'Ouest.
Indépendant des cours mondiaux. Révisable à la hausse. Un filet de sécurité pour les producteurs togolais.
⚡ Calendrier des centres
🔗 Schéma des acteurs
Un triangle gagnant-gagnant : prix stable pour les producteurs, cacao d'excellence pour les chocolatiers, pilotage par l'État togolais.
“Ce prix de 1400 FCFA/kg sera maintenu même en cas de chute du marché, et révisé à la hausse.”
— Thierry Lalet, président des chocolatiers confiseurs de FranceLe 2 juin 2026, le Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC) du Togo a annoncé la mise en service d'un centre de traitement post-récolte à Mpoti, dans la commune de Blitta 3. Ce centre, doté d'un hall de fermentation de 42 caisses, de tables de séchage et d'un magasin de stockage de cinq tonnes, vise une production de 25 tonnes de cacao d'excellence dès la première année. Il vient compléter un premier centre inauguré quelques semaines plus tôt à Kessibo-Abréwankor, dans la préfecture de Wawa. Cette double implantation reflète une volonté de couvrir les principales zones de production et d'homogénéiser les pratiques de post-récolte sur l'ensemble du territoire togolais.
L'élément le plus marquant de ce projet est le mécanisme de prix garanti : 1400 FCFA par kilogramme, quel que soit l'évolution des cours mondiaux. Thierry Lalet, président des chocolatiers confiseurs de France, a précisé que ce prix serait maintenu même en cas de chute du marché, et révisé à la hausse si nécessaire. Cette garantie rompt avec le modèle historique où les producteurs subissent des fluctuations brutales : le cours du cacao est passé de près de 3000 FCFA/kg début 2024 à moins de 1500 FCFA/kg début 2026. Bien que limité à une production de niche, ce mécanisme offre une prévisibilité qui fait défaut dans les filières conventionnelles.
Le financement du centre de Mpoti (50 000 euros, soit environ 32,8 millions FCFA) provient de l'association Chocolatiers et Pâtissiers du Monde et du Département français des Yvelines. Ce partenariat révèle une stratégie de rapprochement direct entre producteurs et acteurs aval de la filière, notamment les chocolatiers européens, pour qui la traçabilité et la qualité des fèves sont devenues des critères essentiels. Des formations aux techniques de fermentation et de séchage ont déjà été dispensées aux producteurs locaux, illustrant une logique d'accompagnement technique en amont.
Enselme Gouthon, secrétaire général du CCFCC, souligne que l'objectif est de cibler des marchés de niche, moins exposés à la volatilité des cours et offrant une rémunération plus stable aux producteurs. Le Togo mise ainsi sur la différenciation par la qualité pour s'affranchir des fluctuations historiques du marché mondial. La production nationale de cacao est estimée à environ 10 000 tonnes par an, dont une part marginale est aujourd'hui classée en cacao d'excellence. L'ambition affichée est de porter progressivement ce volume à la hausse.
Cette initiative s'inscrit dans une dynamique régionale où la valeur ajoutée devient le maître-mot. En Afrique de l'Ouest, plusieurs pays cherchent à transformer davantage leur cacao sur place et à accéder aux segments premium. Le modèle togolais, avec son prix garanti et son ancrage territorial, pourrait inspirer d'autres expériences. Reste à savoir si ce mécanisme, conçu pour une production de niche, pourra être étendu à une échelle significative sans subir les mêmes pressions que les filières conventionnelles.
Ce test togolais pose une question de fond : dans quelle mesure un prix garanti, adossé à une demande de qualité spécifique, peut-il se dupliquer au-delà des niches ? La réponse déterminera l'avenir de nombreuses filières agricoles ouest-africaines confrontées à une volatilité croissante.