Le président Bassirou Diomaye Faye a reçu au palais le propriétaire d'Expresso, troisième opérateur du pays. Le groupe soudanais Sudatel a officiellement endossé le New Deal technologique du pouvoir. Une adhésion qui intervient alors que le secteur des télécoms sénégalais connaît une recomposition profonde, entre la rentabilité record de Sonatel et les ambitions régionales de la Côte d'Ivoire.

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Un ralliement politique et industriel

La rencontre du 12 juin entre Bassirou Diomaye Faye et Magdi Taha, président de Sudatel, va bien au-delà d'une simple audience protocolaire. En réitérant publiquement sa volonté d'accompagner le New Deal technologique, le groupe soudanais propriétaire d'Expresso Sénégal envoie un signal fort : la souveraineté numérique voulue par le tandem Faye-Sonko n’est plus une orientation contestée, mais un cadre dans lequel les acteurs privés cherchent à s’inscrire. Pour le pouvoir, cette adhésion conforte un discours qui, depuis l’élection de 2024, place le numérique au cœur de la stratégie économique nationale.

Les enjeux d’un marché en mutation

Cette adhésion n’est pas désintéressée. Sur un marché des télécoms dominé par Sonatel – 113 milliards de FCFA de bénéfice net au premier trimestre 2026 – et par Free repris par Axian, Expresso peine à dépasser une part de marché résiduelle. S’aligner sur l’État permet de sécuriser les renouvellements de licence et d’accéder aux appels d’offres publics liés aux infrastructures critiques. Mais cela expose aussi l’opérateur à des exigences réglementaires plus strictes, notamment en matière de localisation des données et de contribution aux investissements de « souveraineté ».

Le New Deal technologique prévoit en effet la création d’un data center national, le renforcement de la cybersécurité et l’obligation pour les opérateurs d’héberger une partie de leurs données sur le territoire. Sudatel, via Expresso, devra donc aligner ses infrastructures sur ces impératifs, ce qui suppose des investissements importants dans un contexte de rentabilité fragile.

La concurrence régionale comme aiguillon

Cette dynamique sénégalaise s’inscrit dans une compétition sous-régionale accélérée. Le 20 mai 2026, la Côte d’Ivoire s’est fixé pour objectif de porter la part du numérique à 15 % de son PIB d’ici 2030. Abidjan, qui mise sur le déploiement de la fibre et l’attractivité de son hub technologique, grignote l’avance historique de Dakar dans le domaine. Le Sénégal, de son côté, cherche à rattraper son retard en matière d’infrastructures de données et à attirer les investissements étrangers dans un cadre régulé.

L’alignement de Sudatel peut donc se lire comme une offensive de charme envers un État qui veut reprendre la main, mais aussi comme une tentative de ne pas laisser le terrain à des concurrents comme Sonatel, qui dispose déjà d’une relation privilégiée avec l’exécutif.

L’adhésion de Sudatel au New Deal technologique ouvre une nouvelle phase dans la politique numérique sénégalaise. Mais c’est aussi un test : celui de la capacité d’un État à conjuguer souveraineté et attractivité, dans un secteur où les investisseurs demandent des garanties de rentabilité. Le succès de cette alliance dépendra de l’équilibre trouvé entre ambition régulatrice et réalité concurrentielle.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)