Au premier semestre 2026, Sonatel a franchi pour la première fois la barre des 1000 milliards FCFA de chiffre d'affaires consolidé, à 1049,8 milliards (environ 1,6 milliard d'euros). Cette performance historique, portée par l'essor des usages numériques en Afrique de l'Ouest, intervient dans un contexte de concurrence accrue, avec l'arrivée de Starlink dans le haut débit et la pression de Wave sur les paiements mobiles. Les résultats semestriels, en hausse de 10,5% sur un an selon les premières estimations, confirment la montée en puissance du groupe, mais révèlent aussi les fragilités d'un marché en pleine recomposition.

Infographie — Politique monétaire

Une croissance tirée par les données et la fibre

Avec 1,3 million de nouveaux logements raccordés à la fibre et un parc 4G en hausse de 19,5% (24 millions d'actifs), Sonatel capitalise sur l'explosion de la demande de connectivité. Le taux de raccordement à la fibre gagne six points, à 49,8%, tandis que les investissements représentent 15% du chiffre d'affaires (154 milliards FCFA). Ces dépenses massives traduisent une stratégie d'infrastructure visant à verrouiller le marché face à de nouveaux entrants.

Orange Money, filiale de services financiers mobiles, poursuit sa progression : revenus en hausse de 5,4% (110,8 milliards FCFA), 13,7 millions de clients actifs et un volume de transactions en croissance de 17,7%. Le mobile money devient un relais de croissance essentiel, mais il est désormais contesté par l'opérateur Wave, qui grignote des parts de marché au Sénégal avec des offres agressives.

Des résultats boostés par un effet fiscal, mais une concurrence qui s'intensifie

Le résultat net semestriel de 230 milliards FCFA (+?% par rapport au S1 2025) bénéficie d'un taux d'imposition effectif plus favorable, nuance la direction. La performance opérationnelle réelle est moins spectaculaire qu'il n'y paraît. Dans son communiqué, Sonatel reconnaît un « environnement marqué par l'intensification de la concurrence », allusion directe à l'arrivée de Starlink, le service internet par satellite de SpaceX, qui propose des débits compétitifs dans les zones mal couvertes par la fibre.

Par ailleurs, la montée en puissance d'Expresso (désormais détenu par un investisseur privé) et les discussions autour de la souveraineté numérique — illustrées par la rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et le propriétaire d'Expresso en juin 2026 — laissent entrevoir une recomposition du paysage télécoms sénégalais. Sonatel, contrôlé par Orange à hauteur de 42,5%, doit donc naviguer entre pression actionnariale et exigences locales de souveraineté.

Orange relève ses objectifs, porté par MasOrange

Au niveau du groupe Orange, les bons résultats de sa filiale sénégalaise s'inscrivent dans une dynamique plus large : l'Ebitdaal du groupe progresse de 8% au premier semestre, à 6,13 milliards d'euros, et les objectifs annuels sont revus à la hausse. Orange intègre désormais la consolidation de MasOrange en Espagne, ce qui renforce sa capacité d'investissement. Toutefois, la discipline sur les investissements reste de mise : les eCapex sont maintenus à 15% du chiffre d'affaires, un niveau comparable à celui de Sonatel.

Cette cohérence de gestion suggère que Sonatel sert de laboratoire pour les marchés émergents d'Orange, où la croissance des données compense la saturation des marchés européens. Mais le contexte ouest-africain est marqué par une inflation persistante et une pression réglementaire croissante, notamment sur les licences et les taxes sectorielles.

Le record semestriel de Sonatel, s'il impressionne par son ampleur, ne doit pas occulter les défis structurels : arrivée de concurrents disruptifs, exigences de souveraineté numérique et dépendance aux investissements lourds. À l'échelle de l'Afrique de l'Ouest, cette performance illustre la transition accélérée vers une économie numérique, mais aussi la fragilité des positions établies face à des innovations venues d'ailleurs. Les prochains mois diront si Sonatel parvient à maintenir son leadership sans éroder ses marges.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)