Le 21 juillet 2026, l'ambassadeur ivoirien Aly Touré a présenté le nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030 devant 160 dirigeants d'entreprises et investisseurs internationaux à Londres. Cette offensive diplomatique intervient alors que le Sénégal, confronté à une dette élevée et à une transition politique, multiplie les signaux en faveur d'une finance plus éthique et de l'exploitation de ses hydrocarbures. Deux voies distinctes mais complémentaires pour renforcer l'attractivité de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

L'événement londonien, organisé par HBBA Global et The Savoir Faire Company, a servi de vitrine au quatrième PND ivoirien. Fruit des enseignements des trois plans précédents (2012-2025), qui ont soutenu une croissance moyenne de 6,5 % sur une décennie, ce nouveau plan vise une progression de 7,2 % sur la période 2026-2030. Il repose sur six piliers (sécurité, modernisation agricole, investissement privé, capital humain, infrastructures stratégiques, bonne gouvernance) et 22 domaines prioritaires. L'objectif est de rassurer les investisseurs sur la stabilité et la prévisibilité du pays, dans un contexte régional où la compétition pour les capitaux s'intensifie.

Pendant ce temps, le Sénégal poursuit une stratégie de diversification plus contrastée. D'un côté, le pays mise sur l'exploitation de ses hydrocarbures : la troisième phase du gisement pétrolier et gazier Baleine, portée par ENI, illustre cette montée en puissance. De l'autre, les sources de mai 2026 révélaient l'ambition de Khuwaylid Capital, société de finance islamique, de contribuer à un écosystème financier plus éthique. Mais cette double approche est freinée par une dette publique sous surveillance du FMI et des tensions politiques autour du gouvernement Ousmane Sonko, dont l'opposition dénonce une « mascarade » parlementaire.

La Côte d'Ivoire capitalise sur une stabilité politique relative et une continuité des politiques économiques, atouts majeurs face à des voisins comme le Sénégal ou le Ghana, ce dernier traversant une crise de la dette. Le PND 2026-2030 insiste sur la « bonne gouvernance » et la « sécurité », deux axes qui répondent aux préoccupations des investisseurs internationaux. Le succès de cette diplomatie économique dépendra de la capacité d'Abidjan à maintenir une croissance inclusive et à réduire les inégalités persistantes, souvent pointées par les critiques du modèle ivoirien.

Les deux pays illustrent des approches complémentaires au sein de l'UEMOA : la Côte d'Ivoire mise sur la continuité et le cadrage macroéconomique, le Sénégal sur l'innovation financière et les ressources naturelles. Le thème des « connexions économiques », central dans le sommet londonien, souligne que ces stratégies ne sont pas exclusives. Des synergies sont possibles, notamment via des infrastructures régionales ou des mécanismes de financement croisés. Cependant, la compétition pour attirer les capitaux reste vive, d'autant que les investisseurs internationaux comparent les risques politiques, la soutenabilité de la dette et les perspectives de rendement.

Au-delà des deux poids lourds de l'UEMOA, cette double dynamique reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la recherche de nouveaux modèles de financement du développement, entre plans quinquennaux classiques, finance islamique, et exploitation des hydrocarbures. La crédibilité des discours officiels sera testée sur le terrain, dans la réalisation effective des projets et l'amélioration des conditions de vie des populations.

Alors que l'UEMOA s'efforce de renforcer son intégration économique, les trajectoires divergentes de la Côte d'Ivoire et du Sénégal posent une question de fond : la compétition pour les investissements peut-elle coexister avec une coopération régionale efficace, ou risque-t-elle d'exacerber les déséquilibres internes à la zone ?