La démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale, le 24 mai 2026, plonge le Sénégal dans une recomposition politique inédite. Alors que le nom d’Ousmane Sonko circule pour lui succéder, cette hypothèse soulève des questions constitutionnelles majeures. Au-delà du jeu des institutions, c’est la trajectoire économique du pays – marquée par le programme de rupture – qui est suspendue à ce bras de fer interne au sein du pouvoir.
⚖️ Crise politique & réformes économiques : le double enjeu
La démission d’El Malick Ndiaye fragilise l’équilibre institutionnel et suspend le programme de rupture économique porté par le tandem Faye‑Sonko.
Selon la Banque mondiale et le FMI. Ces indicateurs structurels rendent le programme de réforme d’autant plus stratégique.
La démission d’El Malick Ndiaye, annoncée sans motif public, intervient dans un climat de tensions au sein du parti Pastef et de la coalition au pouvoir. Figure montante et proche du tandem Faye-Sonko, Ndiaye incarnait la nouvelle génération politique. Son départ du perchoir, deuxième poste de l’État, fragilise un équilibre patiemment construit depuis les législatives anticipées de 2024. L’hypothèse d’une accession d’Ousmane Sonko cumulant fonctions de Premier ministre et de président de l’Assemblée nationale est inédite dans l’histoire constitutionnelle sénégalaise. Elle interroge la séparation des pouvoirs et la concentration des responsabilités en une seule personne.
Un enjeu économique derrière la crise institutionnelle Au-delà du jeu politique, ce sont les réformes économiques portées par le tandem Faye-Sonko qui sont en suspens. Le programme de rupture, axé sur la souveraineté économique, la réforme du secteur extractif, la relance de l’agriculture et la maîtrise de la dette, nécessite une stabilité législative. L’Assemblée nationale est le théâtre des débats sur le budget 2026, le code minier et les futures lois de régulation financière. L’absence d’un président stable pourrait ralentir l’adoption de textes clés.
La perspective d’un Sonko tout-puissant, contrôlant à la fois le gouvernement et le Parlement, suscite des inquiétudes chez les investisseurs. Si la concentration des pouvoirs peut accélérer les décisions, elle expose aussi à un risque de dérive autoritaire, susceptible de refroidir les partenaires étrangers. Le Sénégal, qui vient de conclure un accord avec le FMI pour un appui budgétaire de 1,8 milliard de dollars, doit démontrer sa crédibilité institutionnelle.
Contexte régional : une CEDEAO en mutation Cette crise sénégalaise s’inscrit dans un contexte ouest-africain mouvant. La CEDEAO, affaiblie par les départs du Sahel, cherche à se réinventer avec un « Pacte d’avenir » en six piliers. Le Sénégal, pilier démocratique de l’organisation, voit sa stabilité scrutée. Par ailleurs, les projets régionaux – comme le barrage de Souapiti en Guinée ou le hub logistique de Lomé – montrent que l’intégration économique avance, mais nécessite des États prévisibles.
Les implications pour les réformes de rupture Le programme « Sénégal 2050 » repose sur une transformation structurelle de l’économie. La réforme du secteur minier, notamment de l’or, est cruciale : le Sénégal ambitionne de devenir un producteur majeur, avec des projets comme celui de Sabodala-Massawa. Une crise politique prolongée pourrait retarder les appels d’offres et les investissements. De même, la réforme du secteur énergétique, avec l’exploitation du gaz et des énergies renouvelables, dépend de la stabilité législative.
La démission de Ndiaye révèle les fragilités internes du pouvoir. Si Sonko venait à prendre le perchoir, cela signifierait une mainmise totale sur l’agenda politique, mais aussi un risque de paralysie en cas de contestation. Les opposants dénoncent déjà un « hold-up institutionnel ». La communauté économique régionale, via l’UEMOA, pourrait être amenée à suivre de près l’évolution, car le Sénégal est un pivot de la zone franc.
En attendant, le calendrier législatif est perturbé. Le prochain grand rendez-vous est l’examen du budget rectificatif, initialement prévu en juin. Si la vacance du perchoir se prolonge, les sessions pourraient être reportées. Les marchés financiers, déjà nerveux face à la dégradation de la note souveraine du pays par Moody’s en 2025, pourraient réagir négativement.
La sortie de crise dépendra de la capacité du tandem à trouver une formule juridique acceptable. Une solution transitoire – comme la nomination d’un président par intérim – pourrait temporairement apaiser les tensions, mais ne réglerait pas la question de fond : la concentration des pouvoirs entre les mains de Sonko, qui cumule déjà la fonction de Premier ministre et le leadership du parti majoritaire.
Cette crise sénégalaise illustre les tensions entre ambition réformatrice et stabilité institutionnelle. Alors que la CEDEAO et l’UEMOA cherchent à renforcer leur intégration économique, l’exemple sénégalais rappelle que la solidité des institutions domestiques est un prérequis à la confiance des investisseurs et à la réussite des politiques de rupture. L’issue de ce bras de fer façonnera non seulement l’avenir politique du Sénégal, mais aussi sa capacité à jouer son rôle de locomotive régionale.