Le 5 juin 2026, l'économie sénégalaise continue de panser les plaies ouvertes par la révélation en 2024 d'un endettement caché de près de 7 milliards de dollars. Alors que les discussions avec le Fonds monétaire international peinent à aboutir, le pays se tourne massivement vers le marché obligataire régional de l'UEMOA. Cette situation illustre les fragilités persistantes de la diplomatie financière ouest-africaine.

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Deux ans après l'élection de Bassirou Diomaye Faye, le Sénégal reste englué dans la crise de confiance provoquée par la révision des données budgétaires de l'ère Macky Sall. En février 2025, la Cour des comptes avait confirmé un ratio d'endettement de 99,7 % du PIB fin 2023, bien au-delà des 74,4 % officiellement déclarés. Les banques estimaient même ce ratio à 119 % en juin 2025. Cette défiance a conduit Moody's à abaisser la note souveraine du pays et le FMI à suspendre une ligne de crédit de 1,8 milliard de dollars en octobre 2024.

Une situation budgétaire toujours sous tension

Le 16 mai 2026, le ministre des Finances Cheikh Diba a dressé un bilan sans concession de l'exécution budgétaire du premier trimestre devant l'Assemblée nationale. Si les détails précis n'ont pas été divulgués, cette audition intervient dans un contexte de pression fiscale accrue et de rationalisation des dépenses. Le gouvernement de Ousmane Sonko a mis l'accent sur le civisme fiscal pour accroître les recettes, mais la marge de manœuvre reste étroite alors que les subventions à l'énergie et les exonérations fiscales pèsent sur les comptes.

Le recours massif au marché régional de l'UEMOA

Privé d'accès aux eurobonds depuis la révision des données, le Sénégal a transformé le marché des titres publics de l'UEMOA en principal canal de financement. Cette stratégie, évoquée par Africtelegraph le 16 mai, permet au pays de lever des fonds à des conditions souvent plus avantageuses que sur le marché international. Elle comporte toutefois un risque de saturation : l'absorption de volumes importants par un seul émetteur peut déstabiliser le marché obligataire régional et augmenter les coûts pour les autres États membres.

Le FMI toujours en embuscade

Les discussions pour un nouveau programme du FMI, annoncées pour juin 2025, n'ont toujours pas abouti. Le Fonds conditionne son engagement à une résolution complète du problème des déclarations erronées et à des réformes structurelles, notamment la suppression progressive des subventions énergétiques. Ousmane Sonko a certes promis un renforcement du civisme fiscal, mais les négociations piétinent. Pendant ce temps, le Ghana a officialisé le 15 mai 2026 la sortie de son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, offrant un contrepoint intéressant : une gestion transparente de la dette peut permettre un retour à la normale.

Un contraste régional révélateur

Le 16 mai, le Congo-Brazzaville a officiellement sollicité un nouveau programme du FMI, tandis que la BADEA annonçait des avancées pour le Sénégal. Ces mouvements montrent que les pays africains évoluent dans un écosystème financier hétérogène, où la crédibilité statistique devient un atout clé. Le Sénégal, de son côté, mise sur une diplomatie financière régionale pour compenser l'isolement international.

Au-delà du cas sénégalais, cette séquence révèle une tendance plus large : les États ouest-africains cherchent à diversifier leurs sources de financement, que ce soit via les marchés régionaux ou des partenaires alternatifs comme la BADEA. Mais la pérennité de ces solutions dépendra de la capacité des gouvernements à restaurer la confiance des investisseurs par une gestion transparente et orthodoxe de leurs finances publiques.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)