Le Sénégal a enregistré une croissance de 6,7% en 2025, portée par les hydrocarbures, tandis que le déficit budgétaire se resserrait de 13,4% à 6,4% du PIB. Le Fonds monétaire international, qui a publié ces données le 22 juin, salue les efforts de transparence mais alerte sur les vulnérabilités persistantes. Cette évaluation intervient après des mois de turbulences liées à la gestion de la dette et au choc pétrolier.

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Une consolidation budgétaire sous surveillance du FMI

Les chiffres communiqués par le FMI lundi 22 juin 2026 confirment une reprise économique notable au Sénégal. La croissance du PIB réel a atteint 6,7% en 2025, tirée par le démarrage de la production d’hydrocarbures, tandis que le déficit budgétaire s’est réduit de près de sept points de pourcentage, passant de 13,4% à 6,4% du PIB. Cette amélioration résulte d’une maîtrise des dépenses et d’une hausse des recettes fiscales liées au pétrole. Parallèlement, le déficit du compte courant s’est contracté sous l’effet des exportations énergétiques et d’une compression des importations.

Pourtant, le FMI ne cache pas ses préoccupations. Dans son communiqué, la mission dirigée par Mercedes Vera Martin met en avant la création d’une Direction générale dédiée à la gestion de la dette, qualifiée de « mesure corrective essentielle » après l’affaire de la « dette cachée ». Ce scandale, qui avait privé le Sénégal d’accès aux eurobonds et contraint le pays à se refinancer massivement sur le marché régional de l’UEMOA, pèse encore sur la crédibilité internationale de Dakar. Le Fonds note avec satisfaction la flexibilité des autorités, qui « maintiennent toutes les options sur la table pour le traitement de la dette, restructuration comprise ». Un signal important, alors qu’un programme de 1,8 milliard de dollars restait bloqué depuis des mois.

Des tensions persistantes sur la dette et les subventions

Malgré cette tonalité conciliante, les menaces à court terme demeurent. La hausse des prix du pétrole, alimentée par l’escalade des conflits au Moyen-Orient, renchérit le coût des subventions aux carburants. Le FMI appelle à un meilleur ciblage des aides vers les ménages les plus pauvres, mais toute réduction brutale risquerait de raviver les tensions sociales. Par ailleurs, le resserrement des conditions financières mondiales pourrait accroître les tensions de trésorerie, d’autant que le Sénégal reste vulnérable aux chocs exogènes.

Le gouvernement a réaffirmé sa volonté de conclure un nouvel accord avec le Fonds. Les discussions techniques se poursuivront sur des réformes visant à consolider les finances publiques, améliorer la transparence et stimuler une croissance inclusive. Lors de la précédente mission, en novembre 2025, la directrice de la communication du FMI avait déjà souligné les progrès, mais l’absence d’accord final laissait planer un doute. La nouvelle donne pétrolière et la création de la direction de la dette pourraient débloquer la situation.

Un contexte régional contrasté

Le Sénégal n’est pas isolé dans sa recherche d’équilibre budgétaire. À la même date, le Ghana officialisait la conclusion de son programme avec le FMI, signe d’une sortie progressive de la crise de la dette qui a secoué la sous-région. Mais d’autres pays, comme le Congo-Brazzaville, sollicitent de nouveaux appuis, révélant des fragilités persistantes. Le Sénégal, lui, a transformé le marché des titres publics de l’UEMOA en un recours de premier plan, privé d’accès aux eurobonds depuis les révélations de 2024. Cette réorientation a renforcé l’intégration financière régionale, mais expose aussi Dakar aux aléas de la liquidité locale.

La mission du FMI s’inscrit dans une séquence où la transparence devient un impératif pour restaurer la confiance des investisseurs. L’audition du ministre des Finances Cheikh Diba à l’Assemblée nationale en mai 2026 avait déjà dressé un bilan sans concession de l’exécution budgétaire. La création de la direction de la dette représente une avancée institutionnelle, mais sa mise en œuvre effective déterminera la crédibilité des engagements sénégalais.

Au-delà du Sénégal, cette séquence illustre les défis récurrents des économies ouest-africaines : concilier la discipline budgétaire exigée par le FMI avec les impératifs de développement et de stabilité sociale. La guerre au Moyen-Orient et le resserrement des conditions financières mondiales rappellent que la sortie de crise est toujours conditionnée à un environnement extérieur volatil. Le Sénégal semble vouloir tirer les leçons du scandale de la dette cachée, mais la route vers une soutenabilité durable reste semée d’embûches.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)