Le président du Conseil national du patronat (CNP), Baïdy Agne, a tiré la sonnette d’alarme, mercredi à Dakar, sur les retards de paiement de la dette intérieure par l’État sénégalais. Une situation qui fragilise le secteur privé, en particulier les entreprises du BTP et du pétrole, et menace directement l’emploi. Cette intervention publique intervient dans un contexte où le gouvernement cherche un accord avec le FMI pour rétablir ses marges budgétaires, après une série de révisions budgétaires et une perte d’accès aux euro-obligations en 2024.

Infographie — Économie · Sénégal

Des retards qui asphyxient le secteur privé

Baïdy Agne n’a pas mâché ses mots. « Le secteur privé sénégalais souffre », a-t-il déclaré à l’issue d’une rencontre avec la vice-présidente du gouvernement espagnol. Les membres du CNP, notamment ceux des secteurs du BTP et du pétrole, « figurent parmi les premières victimes » des retards dans le paiement de la dette intérieure. Des retards qui créent des difficultés de trésorerie et pourraient entraîner des licenciements. « Si les entreprises ne sont pas payées, elles licencient », a-t-il prévenu, évoquant un climat social déjà tendu par des revendications salariales et des menaces de grève générale. Le patronat, qui avait déjà haussé le ton en juin, insiste désormais pour que les annonces gouvernementales sur le remboursement se concrétisent rapidement.

Une dette intérieure devenue un enjeu macroéconomique

Les retards de paiement de l’État ne sont pas un phénomène nouveau. Mais ils s’inscrivent dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Depuis la révélation des révisions budgétaires de 2024, le Sénégal a perdu l’accès aux marchés obligataires internationaux, l’obligeant à se tourner vers le marché des titres publics de l’UEMOA pour ses besoins de financement. Une situation qui a transformé ce marché régional en soupape de sécurité, mais aussi accru la pression sur la dette intérieure. Le FMI, avec lequel le gouvernement est en négociation, conditionne probablement son appui à un assainissement des finances publiques, ce qui rend le paiement des arriérés plus délicat. « Le règlement de la dette intérieure constitue une priorité, dans la mesure où il permettrait de soulager les entreprises, de relancer l’investissement public et de redonner du souffle à l’économie », a souligné Baïdy Agne.

Un équilibre délicat entre rigueur et relance

Le président du CNP a choisi de « faire preuve de retenue » dans ses critiques, conscient que le Sénégal est engagé dans des discussions cruciales avec ses partenaires techniques et financiers. « Notre responsabilité nous oblige à ne pas mettre de l’huile sur le feu », a-t-il expliqué, tout en plaidant pour un dialogue renforcé entre l’État et les acteurs économiques. Cette posture prudente révèle un dilemme : le patronat ne veut pas compromettre les négociations avec le FMI, mais l’asphyxie des entreprises pourrait rapidement envenimer le climat social. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko doit donc naviguer entre la nécessité de rassurer les bailleurs de fonds et celle de soutenir un secteur privé qui constitue le moteur de l’emploi.

La sortie de Baïdy Agne intervient aussi dans un contexte plus large de tensions sur la dette au Sénégal. Comme le rappelaient plusieurs analyses récentes, le dossier de la dette publique est l’un des plus sensibles du quinquennat. Les retards de paiement de l’État ne sont que la partie émergée d’une crise de liquidité qui affecte l’ensemble de l’économie. Le retour de l’inflation et la baisse des investissements publics pourraient aggraver une situation déjà précaire pour les PME.

Au-delà du cas sénégalais, cette situation illustre un dilemme partagé par plusieurs pays de l’UEMOA : comment concilier la rigueur budgétaire imposée par les partenaires financiers avec la nécessité de préserver un tissu économique fragile ? La réponse dépendra de la capacité du gouvernement à obtenir un accord avec le FMI tout en apaisant les craintes du patronat. L’enjeu est de taille : préserver la stabilité sociale sans compromettre la crédibilité financière retrouvée.