Le Sénégal s’apprête à désigner la banque d’affaires Lazard comme conseiller financier pour sa dette souveraine, une décision confirmée ce 16 juillet par Reuters. Cette annonce intervient alors que la dette publique a été multipliée par neuf entre 2012 et 2024, pour atteindre 128,6 % du PIB, et que la révélation de dettes non déclarées à hauteur de 13 milliards de dollars a conduit le FMI à suspendre son programme d’aide. Au-delà d’un simple recours technique, c’est la reconnaissance d’une crise de solvabilité que le nouveau gouvernement peine à endiguer.
Sénégal : la nomination de Lazard, aveu d’une crise de la dette sans précédent
Le Sénégal s’apprête à désigner la banque d’affaires Lazard comme conseiller financier pour sa dette souveraine. Une décision qui intervient alors que la dette publique a explosé et que des dettes non déclarées ont été révélées.
L’héritage d’une décennie d’endettement
Les acteurs de la restructuration
Les signaux d’alerte
Niveau de risque souverain
La nomination de Lazard n’est pas anodine. La banque américaine a déjà conseillé des États en défaut ou en quasi-défaut, comme la Grèce ou l’Argentine. Sa présence aux côtés du cabinet parisien Global Sovereign Advisory, déjà en place, signale que Dakar envisage une restructuration de sa dette. Les obligations souveraines sénégalaises s’échangent à des niveaux de détresse, signe que les marchés anticipent une renégociation. Le pays rembourse aujourd’hui environ 15 milliards de francs CFA par jour, soit 5 497 milliards sur l’année, une charge qui absorbe une part croissante des recettes budgétaires.
L’héritage d’une décennie d’endettement
L’ampleur du choc tient à la découverte, après l’alternance de 2024, de dettes non déclarées dépassant 13 milliards de dollars – plus d’un quart du PIB. Selon les chiffres officiels du Bulletin statistique de la dette publique, l’encours est passé de 2 741 milliards FCFA en 2012 à 25 585 milliards fin 2024. Cette multiplication par plus de neuf reflète une politique d’investissements massifs, souvent opaques, financés par des emprunts non répertoriés. La dette cachée a renchéri le service de la dette de 12 % en 2026, selon Sika Finance, portant la charge annuelle à 5 500 milliards FCFA au lieu des 4 900 prévus.
La suspension du FMI comme tournant
Le Fonds monétaire international a suspendu un prêt de 1,8 milliard de dollars en raison des omissions comptables. Dakar avait pourtant besoin de cette ligne de crédit pour éviter un défaut. La mission technique du FMI, annoncée en juin, n’a pas abouti à un déblocage. Le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, avait dès sa nomination en mai insisté sur « le contexte d’urgence ». La nomination de Lazard apparaît comme la conséquence logique de cette impasse : sans accord avec le FMI, il faut négocier bilatéralement avec les créanciers privés.
Une tendance régionale inquiétante
Le Sénégal n’est pas un cas isolé en Afrique de l’Ouest. L’encours total de la dette au sein de l’UEMOA est passé de 87 772 milliards FCFA en 2024 à 93 622,9 milliards en 2025, soit une hausse de près de 7 %. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire et le Ghana, voient leur endettement public grimper sous l’effet de déficits persistants et de la baisse des recettes fiscales. Mais le Sénégal est le premier à franchir le seuil des 128 % du PIB et à faire appel à un conseiller en restructuration de dette. Ce précédent pourrait inspirer d’autres capitales confrontées à des situations similaires.
Les enjeux de la renégociation
La mission de Lazard consistera à évaluer les options : restructuration des euro-obligations, rééchelonnement des prêts bilatéraux, voire échange dette-infrastructures. Le gouvernement sénégalais a déjà indiqué vouloir préserver les programmes sociaux, mais la marge est étroite. Les créanciers, eux, observeront attentivement la capacité de Dakar à convaincre le FMI de revenir à la table des négociations. La transparence exigée par le Fonds sera un test pour la crédibilité du nouveau régime.
Au-delà du Sénégal, cette situation illustre la fragilité des économies ouest-africaines face à un endettement mal maîtrisé. La question posée aux voisins de la région est double : combien de dettes cachées restent à découvrir, et à quel moment faudra-t‑il, à leur tour, recourir à un conseiller comme Lazard ?
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Inflation : 1.4% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)