Le Fonds monétaire international a salué la réduction du déficit public sénégalais de 13,4% à 6,4% du PIB entre 2024 et 2025, ainsi qu'une croissance de 6,7%. Pourtant, aucune reprise des décaissements n'a été actée à l'issue de la mission du 15 au 19 juin. La persistance de dettes non déclarées continue d'éroder la confiance entre Dakar et l'institution de Bretton Woods.

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Les chiffres sont encourageants sur le papier. En un an, le Sénégal a divisé par deux son déficit public, passant de 13,4% du PIB en 2024 à 6,4% en 2025, grâce à une rationalisation des dépenses. La croissance, portée par le démarrage de la production pétrolière et gazière, atteint 6,7%. La cheffe de mission du FMI, Mercedes Vera-Martin, a souligné la résilience de l'économie sénégalaise. Pourtant, le conseil d'administration du Fonds n'a pas été saisi et les décaissements restent suspendus.

Le blocage tient à un passif hérité : des engagements financiers non déclarés, découverts à partir de 2024, qui ont réévalué à la hausse l'endettement réel du pays. Ces « passifs cachés » – garanties d'État, emprunts hors bilan, contrats d'infrastructure non comptabilisés – ont ébranlé la crédibilité des comptes publics. Les audits officiels et les enquêtes de presse ont révélé une gestion opaque sous les administrations précédentes. Pour le FMI, la transparence n'est pas encore totale, et les vulnérabilités liées à la dette « demeurent élevées ».

Cette situation n'est pas isolée en Afrique de l'Ouest. Le Ghana, confronté à une crise de la dette similaire, vient tout juste de sortir de son programme de Facilité élargi de crédit avec le FMI en mai 2026, après des années d'ajustement. La Côte d'Ivoire, de son côté, mise sur l'attractivité – comme en témoigne l'appel de son Premier ministre lors de l'Africa CEO Forum 2026 – pour maintenir sa croissance sans recourir à un programme FMI. Le cas sénégalais illustre un dilemme régional : comment concilier la rigueur fiscale imposée par les créanciers avec la nécessité de financer des infrastructures et de préserver la souveraineté budgétaire.

La mission du FMI de juin 2026 intervient dans un contexte où l'institution durcit ses conditions, après les scandales de sous-estimation de la dette au Mozambique et au Congo-Brazzaville. Le Sénégal, qui avait lancé un emprunt obligataire international en 2024, voit sa prime de risque augmenter sur les marchés. Les autorités sénégalaises affirment avoir engagé des réformes pour renforcer le suivi budgétaire et centraliser la gestion de la dette. Mais le FMI exige des preuves tangibles, notamment la publication d'un audit exhaustif des engagements hors bilan.

Au-delà de la technique budgétaire, l'enjeu est politique. Le nouveau régime, en place depuis mars 2025, a fait de la transparence un marqueur de rupture. Pourtant, les révélations sur les dettes cachées ternissent l'image de l'État et compliquent la relation avec les partenaires techniques et financiers. Le gouvernement doit désormais convaincre qu'il maîtrise à la fois le stock et le flux de sa dette, tout en maintenant la dynamique de croissance.

Les prochains mois seront décisifs. Le Sénégal a besoin des décaissements du FMI pour boucler son budget et rassurer les investisseurs étrangers, notamment dans le secteur pétrolier. Une nouvelle mission de contrôle est attendue d'ici septembre 2026. Si les progrès en matière de transparence sont jugés suffisants, le conseil d'administration pourrait donner son feu vert à une reprise des versements. Dans le cas contraire, Dakar devra explorer d'autres sources de financement, potentiellement plus coûteuses.

La prudence du FMI, bien que frustrante pour les autorités sénégalaises, reflète une exigence croissante de rigueur comptable dans toute l'Afrique de l'Ouest. Au moment où le Ghana tourne la page de son programme et où la Côte d'Ivoire cherche à attirer les capitaux sans supervision du Fonds, le Sénégal illustre que la crédibilité budgétaire reste le préalable indispensable à tout financement concessionnel. L'issue de ce bras de fer silencieux pourrait redéfinir les standards de transparence dans la région.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)