La directrice du FMI, Kristalina Georgieva, s'est entretenue avec le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye le 5 juin 2026, alors qu'une mission technique est en cours à Dakar. L'objectif est de parvenir à une compréhension commune des perspectives macroéconomiques du pays, dans le sillage de la suspension du programme d'aide de 1,8 milliard de dollars en 2024. Cette suspension faisait suite à des révélations sur des écarts significatifs dans les données budgétaires communiquées entre 2019 et 2023, imputés à l'ancien régime. La mission actuelle intervient dans un contexte régional où plusieurs pays ouest-africains (Ghana, pays de l'UEMOA) ont déjà conclu ou renforcé leurs programmes d'ajustement avec l'institution.
FMI : le test de crédibilité de Diomaye Faye
Après la suspension du programme d’aide en 2024, le FMI et le Sénégal tentent de renouer le dialogue. Retour sur une crise de confiance budgétaire.
« Il s’agit d’un signal clair : l’institution ne relâche pas la pression sur la transparence budgétaire. »
Les racines de la crise de confiance
Les discussions entre Dakar et Washington avaient brutalement ralenti en 2024, lorsque le nouveau gouvernement a accusé l'administration précédente d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits et de la dette publique. Le FMI a alors suspendu le programme de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023, exigeant des éclaircissements. Cette défiance a nui à la crédibilité du Sénégal auprès des investisseurs et des partenaires multilatéraux, dans un moment où le pays cherchait à mobiliser des financements pour ses priorités de développement.
Les enjeux de la mission de juin 2026
La mission technique qui se déroule en juin 2026 vise à rétablir un dialogue de fond. Les discussions portent sur les perspectives macroéconomiques, la soutenabilité de la dette et les réformes nécessaires pour assainir les finances publiques. Le FMI insiste sur la poursuite des travaux techniques avant d'envisager un nouveau programme. Il s'agit d'un signal clair : l'institution ne reprendra son engagement qu'après des garanties solides sur la transparence et la fiabilité des données.
Un contexte régional exigeant
Le Sénégal n'évolue pas en vase clos. Dans la région, le Ghana a bouclé la dernière revue de son programme de facilité élargie de crédit en mai 2026, marquant la fin de son plan de sauvetage de 3 milliards de dollars. Les pays de l'UEMOA ont, de leur côté, entrepris des réformes macroéconomiques, notamment le resserrement monétaire et la rationalisation des dépenses, qui commencent à porter leurs fruits. Parallèlement, des initiatives comme le West African Power Pool (WAPP) montrent une dynamique d'intégration régionale, mais celle-ci repose sur la stabilité financière des États.
Vers un nouveau programme ?
Les autorités sénégalaises ont exprimé leur souhait d'un nouveau programme de coopération avec le FMI. L'enjeu est de taille : un accord permettrait de rassurer les marchés et de débloquer des financements additionnels. Cependant, les conditions seront strictes. Le FMI a déjà indiqué que les discussions porteront sur les instruments financiers adaptés aux réformes structurelles. Le gouvernement Diomaye Faye doit donc prouver sa capacité à rompre avec les pratiques passées et à assurer une gestion transparente des finances publiques.
L'issue de ces discussions dépasse le cadre bilatéral. Dans une Afrique de l'Ouest où la rigueur budgétaire devient la norme sous la pression des bailleurs, la capacité du Sénégal à restaurer sa crédibilité sera un test pour l'ensemble de la zone. Le pays pourra-t-il convaincre le FMI et ses partenaires qu'il a tiré les leçons du passé ? La réponse conditionne en partie sa capacité à financer son développement dans les années à venir.