Le Conseil des ministres du 17 juin 2026 a entériné la création de la Direction générale des Financements et de la Dette, confiée à Babacar Touré. Cette nouvelle entité centralise la coordination des emprunts et le suivi de la dette publique, alors que le pays cherche à dissiper les soupçons après la mise au jour d’engagements non déclarés. Une réforme qui intervient dans un contexte de défiance des marchés et de reprise sous surveillance du FMI.
Direction générale des Financements et de la Dette
Une réforme pour restaurer la crédibilité financière du Sénégal après la découverte d’engagements non déclarés.
La création de la DGFD vise à restaurer la confiance des marchés et du FMI.
🔹 Investissements directs étrangers : 6,1 % du PIB (Banque mondiale)
🔹 Solde budgétaire : -7,9 % du PIB (FMI)
🔹 Dette publique brute : 130,2 % du PIB (FMI)
🔹 Croissance du PIB réel : 7,9 % (FMI)
🔹 PIB total : 32,8 milliards USD (Banque mondiale)
🔹 PIB par habitant : 1 773 USD (Banque mondiale)
Une centralisation inédite des fonctions de la dette
La Direction générale des Financements et de la Dette (DGFD) hérite de prérogatives jusqu’alors dispersées entre plusieurs administrations. Selon le communiqué du conseil des ministres, elle coordonne l’élaboration de la politique nationale d’endettement, organise les émissions sur le marché sous-régional et international, et gère les relations avec les investisseurs, les spécialistes en valeurs du Trésor et les agences de notation. Babacar Touré, un technocrate rompu aux arcanes du Trésor, est placé à sa tête.
La DGFD a également pour mission d’évaluer la performance des intervenants sur le marché des titres publics et de suivre l’évolution des conditions de financement. Elle instruit les demandes de rétrocession de prêts et de garanties de l’État, et assure l’évaluation des risques liés aux opérations de dette. Ce périmètre étendu lui confère un rôle central dans le pilotage financier, y compris sur la dette des sociétés publiques et des collectivités territoriales.
Une réponse aux révélations de dette cachée
Cette réforme fait suite aux audits de la Cour des comptes publiés en 2025, qui ont mis en évidence une sous-évaluation massive de la dette publique. Selon la juridiction financière, l’endettement atteignait 99,67 % du PIB fin 2023, contre 74,4 % officiellement annoncés, soit un écart d’environ 25 points de PIB. Le FMI a confirmé en mars 2025 l’existence de près de 7 milliards de dollars de dette non déclarée accumulée entre 2019 et 2024, qualifiée explicitement de « dette cachée ».
La création de la DGFD apparaît comme une tentative de restaurer la crédibilité des statistiques publiques et de mettre fin aux pratiques d’emprunts hors circuits budgétaires. En concentrant les compétences en un guichet unique, le gouvernement entend éviter les dérives passées, où des engagements étaient contractés sans transparence ni coordination.
Un enjeu de confiance sur les marchés
L’initiative sénégalaise s’inscrit dans un contexte de regain d’attention des investisseurs sur la soutenabilité de la dette en Afrique de l’Ouest. Alors que le Ghana a vu sa note relevée par Fitch en mai 2026 (passée de B- à B) après sa restructuration, le Sénégal cherche à rassurer sur sa propre trajectoire. L’annonce de la DGFD a été plutôt bien accueillie par les opérateurs de marché, même si Morgan Stanley, dans une note du 26 mai, pointait les incertitudes politiques après le limogeage d’Ousmane Sonko.
La transparence devient un critère clé pour accéder aux financements internationaux. La DGFD devra non seulement gérer la dette existante, mais aussi produire des données fiables pour les agences de notation et les bailleurs. Sa capacité à imposer une discipline budgétaire aux entités publiques sera déterminante.
Un signal pour la gouvernance régionale
Cette réforme s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest où plusieurs pays renforcent leurs institutions de gestion de la dette. La Côte d’Ivoire a récemment créé une Agence de la dette, tandis que le Ghana a réorganisé son office de gestion de la dette après la crise. Le Sénégal, avec la DGFD, cherche à aligner sa pratique sur les standards internationaux.
Reste que la réussite de cette direction dépendra de son indépendance effective et de sa capacité à résister aux pressions politiques. La loi sénégalaise encadre strictement l’utilisation des revenus pétroliers et gaziers, comme l’a rappelé le ministre des Finances Cheikh Diba le 22 mai, mais les précédents de contournement appellent à une vigilance accrue.
La création de la Direction générale des Financements et de la Dette marque une étape dans la modernisation de la gestion publique sénégalaise. Elle illustre la prise de conscience que la transparence sur la dette est un prérequis pour restaurer la confiance des marchés et des partenaires techniques. Dans une région où plusieurs pays doivent composer avec un endettement élevé et des chocs exogènes, le renforcement des institutions budgétaires devient un enjeu commun au-delà des frontières sénégalaises.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)